Macron-Merz : quand le couple franco-allemand retombe dans ses vieux travers
En Belgique, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont cherché à mettre en scène leur entente, alors que les divergences entre Paris et Berlin s'accumulent, après l'espoir suscité par l'élection du nouveau chancelier l'an dernier.
Bravant la bruine belge, ils sont venus ensemble devant les caméras. A l'occasion de la rencontre des dirigeants européens au château d'Alden Biesen en Belgique, Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont tenu à mettre en scène leur bonne entente ce jeudi, se prenant même la main, en quittant les médias. Il s'agissait de faire retomber la température, après que les dissensions se sont accumulées ces dernières semaines.
La veille, lors d'une rencontre avec les chefs d'industrie européens à Anvers, le président français avait exhorté les Vingt-Sept à donner la priorité au contenu local dans des secteurs comme la chimie ou l'électronique. « Si vous voulez préserver les emplois sur ce continent, si vous voulez préserver nos modèles sociaux, si vous voulez parler de semi-conducteurs, d'industrie chimique, etc., nous devons préserver et définir, par conception, le contenu européen », avait-il déclaré.
Prenant la parole peu après, Friedrich Merz se faisait, lui, beaucoup plus nuancé. « Nous devons utiliser les règles de préférence européenne, mais de manière intelligente, uniquement pour les secteurs stratégiques critiques et uniquement en dernier recours », plaidait le chancelier.
Réponse du tac au tac
En début de semaine, c'est une interview d'Emmanuel Macron à plusieurs médias européens qui semait le trouble. Le président y prônait une émission de dette européenne pour accélérer les investissements du Vieux Continent dans les technologies de rupture. Une prise de position qui répondait du tac au tac à un document germano-italien, appelant à simplifier la réglementation européenne et à approfondir le marché intérieur.
La démarche française a suscité l'irritation des pays « frugaux », Allemagne y compris, Berlin pointant du doigt la nécessité pour l'Europe de mener des réformes structurelles et d'investir moins d'argent dans des secteurs comme l'agriculture.
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« En France, on n'a pas compris que Friedrich Merz ne peut pas dire à son opinion publique : 'je vais encore faire de l'emprunt', après avoir réformé l'an dernier le frein à la dette » qui a permis à l'Allemagne d'emprunter plus, explique Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa).
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
Fin décembre, c'était l'accord commercial avec le Mercosur et l'utilisation des avoirs gelés russes qui avaient opposé les deux capitales. Le tout alors même que Paris et Berlin n'arrivent pas à s'entendre sur le système aérien du futur (SCAF), sur fond de rivalités industrielles entre Dassault et Airbus.
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Mais le point clé est que les deux pays peuvent difficilement se passer l'un de l'autre, pour avancer sur le plan européen. Ce qui se traduit par des cycles infinis d'espoirs, de conflits, de mauvaise presse, puis de grandes déclarations communes prônant la volonté d'aller de l'avant.
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« La différence entre une crise franco-allemande et une crise entre la France et un autre pays, c'est qu'une crise franco-allemande fait réagir. On se parle dès le lendemain. Alors qu'il y aura une période de froid avec un autre pays », explique Paul Maurice.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
- Lire l'article sur le site des Echos.
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