Thomas Gomart : « Dans la manière de faire campagne à la présidentielle, il faut s’attendre à la multiplication de “ petits Trump ” »
Alors que le dernier G7 du quinquennat s’achève mercredi 17 juin, le directeur de l’Institut français des relations internationales regrette la faible importance accordée aux questions internationales dans la campagne.
Le sommet du G7 organisé à Evian du 15 au 17 juin est le dernier auquel Emmanuel Macron participait en tant que président, et devrait également être le dernier avant l’élection présidentielle de 2027. Malgré un contexte international marqué par le conflit au Moyen-Orient, selon l’historien Thomas Gomart, auteur de Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de force mondiaux, la campagne à venir devrait encore tenir les sujets internationaux à distance. Le directeur de l’Institut français des relations internationales souligne pourtant l’attention suscitée par le scrutin à l’étranger.
Doit-on s’attendre à ce que les questions internationales soient au cœur des débats de la campagne présidentielle à venir ?
Dans un moment où le contexte extérieur conditionne de plus en plus les options de politique intérieure, compte tenu notamment de la disparition de marges de manœuvre budgétaires, elles le devraient. Mais c’est tout sauf sûr. Il faudrait des candidats qui prennent très au sérieux ces questions, les travaillent, y compris dans leur dimension stratégique de guerre et de paix. De manière différente, les deux principales forces politiques du moment, LFI et le RN, ont tendance à présenter le pays comme un isolat, à croire que le pouvoir d’achat et le maintien de notre système social, les deux priorités des Français, peuvent faire l’économie d’une réflexion sur l’économie mondiale. Elles prétendent être en mesure de changer le monde extérieur grâce à leur volontarisme politique. Par ailleurs, l’ensemble des forces politiques peinent à reconnaître la provincialisation de la France et de l’Europe à l’échelle globale et se réfèrent volontiers aux mots d’ordre gaulliens pour éviter les remises en cause. Ces questions requièrent de l’expertise, beaucoup de préparation et des contacts diversifiés : une fois élu, le président y consacre, en principe, la majeure partie de son temps.
A l’inverse de potentiels candidats comme Raphaël Glucksmann ou Dominique de Villepin, qui font, eux, le choix de campagnes très géopolitiques. Dans le contexte mondial actuel, peuvent-ils tirer leur épingle du jeu ?
On a coutume de dire qu’on ne gagne pas une élection en France sur les questions internationales et je pense que ce constat sera le même en 2027. Une politique étrangère commence à la maison et prétendre avoir une action extérieure, cela passe avant tout par l’état économique, social et psychologique du pays. La « grande politique » de De Gaulle a été rendue possible par un plan d’assainissement des finances publiques. Souvent, les candidats géopolitiques produisent des discours perçus comme élitistes, grandiloquents et déconnectés. Or, il existe une forte demande, à tous les niveaux de la société, de prévisions et de stabilité.
Les positions controversées de certains candidats sur l’international peuvent-elles devenir des handicaps dans cette campagne ?
En 2022, la guerre d’Ukraine a pris à contre-pied le RN, qui préconisait une alliance avec la Russie, et Eric Zemmour, qui se prétendait réaliste. Par son anti-américanisme, Jean-Luc Mélenchon reprenait à son compte une partie de l’argumentaire russe. En 2027, la lecture des trajectoires de la Russie, d’Israël et surtout des Etats-Unis devraient susciter de profonds clivages. A l’extrême droite, assistera-t-on à une clarification sur le bilan du trumpisme, avec notamment la question du suprémacisme ? Elle se rassure en disant que l’islamisme est une menace plus importante que la Russie. Du côté de LFI assistera-t-on à la mise en avant du Parti communiste chinois et du sud global, avec notamment la question de « la nouvelle France » ? Elle se complaît intellectuellement dans le discours décolonial. Dans les deux cas, haro sur l’Allemagne ! Dans la manière de faire campagne, il faut s’attendre à la multiplication de « petits Trump », c’est-à-dire de candidats qui adopteront une posture de provocation médiatique systématique.
Les élections municipales ont été perturbées par des tentatives d’ingérence, la présidentielle ne devrait pas y échapper…
Il faut s’attendre à une convergence des ingérences russes et Maga [la mouvance trumpiste, ndlr] qui se rejoignent dans leur détestation de l’Europe et dans un discours civilisationnel selon lequel le problème fondamental des Européens serait les migrants et les minorités. Cela va jouer par rapport à 2017 et à 2022. Le phénomène sera aussi démultiplié par l’intelligence artificielle. Il faut s’attendre à des situations provoquées, accentuées, pour entretenir une sorte de confusion sur les tenants et aboutissants de cette élection. Ce que recherchent les régimes autoritaires et illibéraux, c’est à décrédibiliser le débat démocratique et à contester le déroulement du scrutin pour entretenir un procès en illégitimité.
[...]
> Lire le reste de l'article sur le site de Libération.
Média
Journaliste(s):
Format
Partager