Le Golfe, de la géopolitique à la politique tout court
Le golfe Arabo-Persique est un golfe de l'océan Indien qui s'étend sur près de 1 000 kilomètres entre la Péninsule arabique et l'Iran. C’est un objet géopolitique classique : espace géographique disputé entre puissances qui s’y croisent, s’y tiennent en respect, s’y confrontent. Son appellation elle-même est depuis le XXe siècle l’objet d’une controverse qui exprime l’antagonisme, ou la compétition, entre les deux aires civilisationnelles qu’il sépare et met en contact : l’aire perse et l’aire arabe. L’appellation historique de golfe Persique, validée depuis l’histoire antique, est en effet contestée par les États arabes qui veulent imposer « Golfe arabique », la synthèse contemporaine « arabo-persique » ne satisfaisant ni les uns ni les autres.
Le Golfe, objet géopolitique classique
Le golfe Arabo-Persique est un golfe de l’océan Indien, qui s’étend sur près de 1 000 kilomètres m entre la Péninsule arabique et l’Iran. C’est un objet géopolitique classique : espace géographique disputé entre puissances qui s’y croisent, s’y tiennent en respect, s’y confrontent. Son appellation elle-même est depuis le XXe siècle l’objet d’une controverse qui exprime l’antagonisme, ou la compétition, entre les deux aires civilisationnelles qu’il sépare et met en contact : l’aire perse et l’aire arabe. L’appellation historique de golfe Persique, validée depuis l’histoire antique, est en effet contestée par les États arabes qui veulent imposer « Golfe arabique », la synthèse contemporaine « arabo-persique » ne satisfaisant ni les uns ni les autres.
On peut bien abandonner les adjectifs, tant le terme « Golfe » se confond aujourd’hui précisément, dans les discussions courantes, avec ce golfe-là. Yves Lacoste remarque pourtant que cela nous ramène immédiatement à une perception sécuritaire. Le « Golfe » évoque effectivement avant tout les « guerres du Golfe » : la première, où s’affrontent l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988, qui fait au moins 800 000 morts, et se termine par l’épuisement des belligérants ; la deuxième, qui met en scène en 1991 la libération par une coalition internationale du Koweït annexé par l’Irak ; la troisième, qui voit en 2003 la destitution de Saddam Hussein et l’occupation américaine de l’Irak, et ouvre une séquence de déstabilisation durable, dont les effets se feront sentir bien au-delà du Golfe lui-même.
Les ingérences extérieures sont l’ordinaire de l’histoire du Golfe. Voie de passage privilégiée entre océan Indien et Méditerranée, le domaine des pêcheurs de perles devient une zone de circulation commerçante dès l’ère abbasside, dominée par les navigateurs arabes. Il est brièvement contrôlé au XVIe siècle par les Portugais, qui veulent évincer les Arabes des échanges avec l’Inde, puis par les Hollandais, enfin par les Britanniques, qui convertiront petit à petit cette « côte des pirates » en protectorat. Après la Première Guerre mondiale, Français et Britanniques opèrent le découpage du Levant et permettent la création de l’Irak et de l’Arabie Saoudite. Les appétits s’aiguisent avec la découverte, un peu partout dans la région, de formidables ressources en hydrocarbures, qui seront d’abord exploitées avec l’aide de compagnies étrangères.
L’échelle géopolitique qui permet de saisir le Golfe reste donc internationale : c’est un lieu d’investissement stratégique pour des puissances économiques extérieures qui entendent sécuriser leurs approvisionnements en énergie. […]
PLAN
- Le Golfe, objet géopolitique classique
- Rentiers et modernes ? Des défis économiques inédits
- Vers plus de variété politique
- La nouvelle compétition des puissances
Dorothée Schmid est responsable du programme Turquie contemporaine et Moyen-Orient de l’Ifri.
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Le Golfe, de la géopolitique à la politique tout court
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