Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

Turquie : le syndrome de Sèvres, ou la guerre qui n'en finit pas

Politique étrangère Articles
|
Date de publication
|
Références
Politique étrangère, vol. 79, n° 1, printemps 2014
Image de couverture de la publication
Couv Politique étrangère 1-2014
Accroche

Le traité de Sèvres symbolise pour les Turcs la liquidation de l’Empire et l’action des puissances extérieures pour démembrer la Turquie. L’effet historique du traité survit sous forme de syndrome, justifiant une vision obsidionale de la survie nationale. Au-delà de l’actuel néo-ottomanisme, un dialogue repensé avec l’Europe pourrait peut-être donner au pays un rapport nouveau à sa mémoire et l’aider à dépasser un syndrome manié par toutes les composantes de sa classe politique.

Image principale
Archive de Politique étrangère
Corps analyses

La Première Guerre mondiale a séparé l’Europe de la Turquie. Le constat s’impose, alors que la commémoration de son centenaire rassemble les nations d’Europe de l’Ouest dans le souvenir d’un désastre historique qui a engendré d’autres épreuves finalement unificatrices. La Turquie sacrifie de son côté à un récit parallèle : celui de la gestation de la nation turque moderne à partir d’un Empire ottoman défait. La pulsion nationaliste reste vive et 2015 célébrera plus en Turquie la bataille des Dardanelles qu’elle ne marquera le souvenir du génocide arménien.

 

La mémoire est pourtant secouée aujourd’hui dans le pays sur un fond d’éternel questionnement identitaire. La fabrique de l’histoire y a produit tout au long du XXe siècle un récit positif intégrateur, surmontant le cauchemar de la fin de l’Empire, triant et mettant en ordre les événements depuis la fondation de la République. Mais des failles apparaissent désormais çà et là, des débats s’ouvrent sur un passé à découvrir pour beaucoup. Un questionnement s’esquisse ainsi sur un motif historique persistant et fondateur de la conscience collective turque contemporaine : le traité de Sèvres, dont les clauses léonines furent imposées en 1920 à l’Empire par les pays vainqueurs. Un traité fantôme, remplacé en 1923 par le traité de Lausanne, mais qui reste le point de départ d’une peur réflexe chez les Turcs : la hantise de la trahison et de la perte, couramment désignée par l’expression « syndrome de Sèvres ».


Les variations infinies du discours politique turc autour du motif de Sèvres semblent désormais notablement anachroniques, de plus en plus décalées des rapports de force réels, aussi bien sur le plan régional qu’en Turquie même. Le trauma initial, jamais dépassé, dont le souvenir est cultivé par les générations politiques successives, perpétue en Turquie une obsession sécuritaire. La survivance du syndrome et son instrumentalisation tactique par certains acteurs du système de pouvoir sont finalement révélatrices des empêchements de la démocratie turque, longtemps confinée dans un entre-soi paranoïaque.


La Première Guerre mondiale vue de Turquie


La Première Guerre mondiale a laissé sur la Turquie une empreinte particulière, s’inscrivant pour les Turcs dans un continuum d’affrontements de plusieurs décennies avec les puissances européennes et qui se poursuivent jusqu’en 1922. La République de Turquie, née d’une « guerre d’indépendance » refondatrice, est le vainqueur paradoxal d’une guerre qui a achevé l’Empire. […]

 

PLAN DE L'ARTICLE 

  • La Première Guerre mondiale vue de Turquie
    - Choisir son camp
    - Sèvres, stade ultime de la perte
    - Le sursaut national : la Turquie, vainqueur paradoxal
     
  • Extension du domaine de Sèvres : la Turquie en otage
    - Apparition et déclinaisons du syndrome de Sèvres
    - Le relais du syndrome
    - Le pays enfermé
     
  • Contourner, prolonger ou dépasser Sèvres : le dilemme turc
    - Le syndrome et la maladie
    - La voie néo-ottomane : contourner Sèvres, ou le dépasser

 

Article publié dans Politique étrangère, vol. 79, n° 1, printemps 2014

 

Dorothée Schmid est Responsable du programme Turquie contemporaine et Moyen-Orient de l’Ifri.

 

Decoration

Contenu disponible en :

Régions et thématiques

Partager

Téléchargez l'analyse complète

Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.

Turquie : le syndrome de Sèvres, ou la guerre qui n'en finit pas

Decoration
Auteur(s)
Photo
crance1-071.jpg

Dorothée SCHMID

Intitulé du poste

Responsable du programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri

Image principale
Mosquée Süleymaniye, Istanbul, Turquie
Programme Turquie/Moyen-Orient
Accroche centre

Le programme Turquie/Moyen-Orient de l’Ifri fournit une expertise sur l’évolution des systèmes politiques, des sociétés et des économies de la région. Il se focalise d’une part sur les évolutions en Turquie et au Levant (influences turque et iranienne, risque de morcellement des États de la région, recompositions diplomatiques), et également au Maghreb (insertion du Maghreb dans les circuits mondiaux, relations politiques et économiques avec l’Europe et avec l’Afrique sub-saharienne…).

Image de couverture de la publication
Demain l'Iran, l'avenir d'une nation - Clément Therme

Demain l’Iran, l'avenir d'une nation

Date de publication
23 septembre 2026
Accroche

Spécialiste de l’Iran, Clément Therme nous plonge au coeur de cette mécanique de pouvoir. Dans cette enquête exceptionnelle, il révèle les ressorts d’un régime qui fabrique le chaos autant qu’il le subit et fait de la tension extérieure la condition de sa survie intérieure. Jusqu’à quand ? Et surtout, qu’adviendra-t-il après ?

Image principale

L’Iran face à la recomposition de son environnement régional. Entre survie du régime et isolement stratégique

Date de publication
15 juin 2026
Accroche

La guerre de quarante jours déclenchée le 28 février 2026 par l’offensive israélo-américaine contre l’Iran a ouvert une nouvelle phase dans l’histoire des relations entre la République islamique et ses voisins. Si le régime a démontré une capacité de résilience face à une campagne militaire d’une ampleur inédite depuis la guerre Iran-Irak (1980-1988), sa survie ne doit pas être confondue avec une victoire stratégique. Comme le révèle la séquence actuelle, la République islamique conserve une capacité de nuisance importante mais voit simultanément se réduire ses réseaux d’influence au Moyen-Orient, ses coopérations économiques dans la zone et les acquis diplomatiques de l’accord de mars 2023, conclu avec l’Arabie saoudite, sous l’égide de la Chine.

Image principale

La politique allemande envers Israël : dépassée depuis le 7 Octobre

Date de publication
01 juin 2026
Accroche

Peu de pays ont été aussi profondément affectés par les attaques du 7 octobre et la guerre à Gaza qui a suivi que l’Allemagne. Il ne s’agit pas simplement d’une controverse politique. Cela reflète un problème structurel plus profond : la politique allemande envers Israël repose depuis longtemps sur deux principes directeurs, une responsabilité historique particulière à l’égard d’Israël, héritée de l’Holocauste, et un engagement ferme en faveur de normes universalistes, avant tout le droit international et les droits de l’homme.

Peter LINTL
Image principale

L'escalade dans la continuité : la politique étrangère de l’Espagne envers Israël et la Palestine après le 7 octobre

Date de publication
05 mai 2026
Accroche

Au cours des deux dernières années, l’Espagne s’est imposée comme l’un des pays les plus vocaux dans son soutien à la cause palestinienne. Si Madrid s’est initialement alignée sur la position européenne dominante, reconnaissant le droit d’Israël à se défendre après les attaques du 7 octobre, elle s’en est rapidement distinguée de la plupart des États membres de l’Union européenne (UE) en remettant en question, puis en condamnant, la conduite de la guerre par Israël à Gaza.

Moussa BOUREKBA

Comment citer cette étude ?

Image de couverture de la publication
Couv Politique étrangère 1-2014
Dorothée SCHMID, « Turquie : le syndrome de Sèvres, ou la guerre qui n'en finit pas », Politique étrangère, Articles, Ifri, 20 mars 2014.
Copier
Image de couverture de la publication
Couv Politique étrangère 1-2014

Turquie : le syndrome de Sèvres, ou la guerre qui n'en finit pas