La Turquie : une puissance émergente qui n'a pas les moyens de ses ambitions
La Turquie adopte une posture de plus en plus hostile aux pays occidentaux. Son activisme en Méditerranée orientale et en Libye en est l’illustration. L’agressivité d’Ankara ne doit toutefois pas être sur-interprétée. La Turquie émerge depuis quelques années comme une puissance moyenne en quête de reconnaissance qui souhaite diversifier ses partenariats. Elle n’a en revanche pas intérêt à se lancer dans une confrontation ouverte avec l’Occident. Elle n’en aurait d’ailleurs pas les moyens.
A l’été 2020, la posture de plus en plus agressive de la Turquie sur la crise libyenne et sur les enjeux énergétiques en Méditerranée orientale a retenu l’attention de l’opinion internationale et suscité l’ire des pays européens, France en tête. Les déclarations polémiques du président turc à propos de la Libye – « ces terres où nos ancêtres ont marqué l’histoire » –, les points marqués par Ankara en Tripolitaine, ainsi que l’activisme diplomatico-militaire de la Turquie en Méditerranée orientale ont démontré le pouvoir de nuisance de cette puissance régionale, et aggravé ses tensions avec l’Union européenne (UE) et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Bien que la diplomatie turque paraisse agressive, anti-occidentale, voire irrationnelle, le positionnement d’Ankara sur les crises du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et les enjeux énergétiques en Méditerranée orientale, repose en réalité sur une doctrine stratégique et un objectif clairs : faire de la Turquie une puissance régionale majeure et un État pleinement souverain dont la conduite n’est dictée que par ses intérêts nationaux.
La Turquie, puissance moyenne émergente en quête de statut
L’expansionnisme régional turc sous le règne du Parti de la justice et du développement (AKP) et du président Erdogan est souvent interprété de façon réductrice comme le reflet d’une diplomatie « néo-ottomane » visant à restaurer la grandeur ottomane de la Turquie, et à reconstituer une sphère d’influence dans les territoires ayant jadis appartenu à la Sublime Porte. Les références de plus en plus nombreuses, dans le discours de l’AKP, à l’islam et à la civilisation islamique, le rapprochement d’Ankara vis-à-vis de la Russie et de l’Iran, les furieuses sorties d’Erdogan contre les dirigeants européens, ont contribué à nourrir ces soupçons de « néo-ottomanisme », et donné l’impression d’un changement d’axe de la diplomatie turque dans le sens d’une rupture avec l’Europe et l’Occident.
En fait, la diplomatie turque semble mue par des dynamiques plus complexes. Au tournant du XXIe siècle, la Turquie a accédé au rang de puissance moyenne émergente. Elle mène donc une « diplomatie de puissance émergente », caractérisée par une affirmation de soi aiguë, une quête de statut à l’échelle internationale, et un désir d’indépendance et d’autonomie dans la conduite de ses relations internationales. […]
PLAN
- La Turquie, puissance moyenne émergente en quête de statut
- L’engagement d’Ankara en Libye et en Méditerranée orientale
- La Libye, champ de compensation pour une influence perdue en Syrie, et instrument pour satisfaire les ambitions énergétiques de la Turquie
- La Turquie à la conquête des ressources énergétiques en Méditerranée orientale - Des considérations de politique intérieure
- Les limites de l’activisme régional turc
Jana Jabbour, docteur en science politique, est enseignante à Sciences Po Paris.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La Turquie : une puissance émergente qui n'a pas les moyens de ses ambitions
L’émancipation contrainte de la politique étrangère saoudienne
Le retrait progressif des États-Unis du Moyen-Orient a profité à l’Iran. Cette situation n’est pas acceptable pour l’Arabie Saoudite qui s’affirme comme une puissance régionale de plus en plus active. Pour freiner l’expansion iranienne, Riyad n’hésite pas à s’impliquer militairement, que ce soit en Syrie ou au Yémen. L’affrontement saoudo-iranien ne doit pas être vu comme un choc entre sunnites et chiites : la politique étrangère saoudienne ne suit pas des considérations religieuses.
L’Iran dans les crises du Moyen-Orient
La politique régionale de l’Iran vise à la fois la préservation du régime et le renforcement de la sécurité d’un pays isolé. Dans un environnement qu’elle perçoit comme dégradé, la République islamique renforce ses défenses, et met en œuvre une stratégie asymétrique jouant de divers alliés dans les crises régionales, sans référence systématique à une logique chiite. L’accord nucléaire de 2015 et la crise syrienne pourraient inciter l’Iran à briser son relatif isolement régional.
Moyen-Orient : en attendant la nouvelle administration américaine
Au-delà d’une histoire marquée par l’intervention des puissances, le Moyen-Orient est traversé aujourd’hui de conflits entrecroisant dimensions politiques, ethniques ou religieuses. Les États-Unis ne peuvent abdiquer leur leadership dans la région. La prochaine administration américaine devra donc se confronter au-delà de la question syrienne, à une multiplicité de problèmes, sans imaginer qu’ils pourraient se résoudre d’un coup, et redéfinir le réseau de ses partenariats dans la région.
Océan Indien : le rapprochement stratégique indo-australien
En 2009, l’Inde et l’Australie ont signé une déclaration conjointe de sécurité. Depuis lors, les relations stratégiques entre ces deux États se développent. New Delhi et Canberra ont intérêt à éviter qu’un ordre régional dominé par la Chine ne s’instaure et que les relations entre Pékin et Washington ne s’enveniment. La coopération indo-australienne est néanmoins contrainte par plusieurs facteurs, dont le plus important a trait à une appréciation différente de la réponse à apporter à la menace chinoise.