1945 : le tournant du XXe siècle ?
L'année 1945 représente à coup sûr un tournant du siècle qui s'achève. Mais, alors que, pour les contemporains, cette année ne représentait pas autre chose que la fin de la Seconde Guerre mondiale, on eut tendance, plus tard, à majorer l'importance de cette date clef, et à y voir la fin d'une époque et même le début d'un monde nouveau. Au contraire, depuis les événements des années 1989-1991, on a maintenant tendance à minorer l'importance de cette rupture. Qu'en est-il exactement ?
1945, fin d'une guerre et d'un monde ancien
L'année 1945 représente d'abord la fin d'une guerre, mais il faut y regarder de plus près. En fait, l'année est partagée en deux : la guerre n'en finit pas de se terminer pendant la première moitié de l'année. En janvier, les adversaires de l'Allemagne et du Japon sont convaincus que l'issue ne fait plus de doute : la victoire est en vue, mais le dénouement apparaît encore lointain. Sur le plan diplomatique, les trois Grands précisent à Yalta (4-12 février 1945) leur coopération face à l'Allemagne nazie, prévoient les modalités de l'occupation de l'Allemagne avec participation française, ainsi que la tenue d'une conférence à San Francisco pour la création de la future Organisation des Nations unies. Ils publient une Déclaration sur l'Europe libérée, prévoyant la formation de gouvernements démocratiques dans les pays libérés. Surtout, ils s'accordent sur leurs zones d'influence, qui reprennent les échanges entre Churchill et Staline d'octobre 1944 et ne font que traduire la carte de guerre. Sur le plan militaire, les combats se heurtent à une résistance effrénée des forces allemandes. Alors qu'il n'a pas la moindre chance de gagner ni même d'obtenir une paix de compromis - en raison de l'exigence de capitulation sans conditions -, la grande majorité du peuple allemand suit aveuglément ses dirigeants.
La victoire des Alliés
Sur le front occidental, le redressement de la Wehrmacht est spectaculaire. Depuis les débarquements de Normandie (juin 1944) et de Provence (août 1944), la progression militaire n'est pas irrésistible. La contre-offensive dans les Ardennes (Noël 1944) remet en question l'offensive anglo-américaine, tandis que les armes nouvelles allemandes laissent planer un doute sur la capacité alliée de remporter la guerre. L'effondrement du régime de Vichy n'est pas sûr, car Pétain et Laval tentent, chacun de son côté, de jouer leurs cartes, profitant en cela de la position ambiguë de Roosevelt. Sur le théâtre d'Extrême- Orient, malgré la maîtrise des mers désormais aux mains de VUS Navy, le haut commandement américain est pessimiste ; la résistance japonaise est acharnée, et les premières attaques d'avions kamikazes laissent penser que la victoire est encore loin. Au fur et à mesure de la progression américaine dans le Pacifique, la résistance des forces japonaises se fait plus dure, ce dont témoignent les combats sanglants d'Iwo-Jima et d'Okinawa. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- 1945, fin d'une guerre et d'un monde ancien
- La victoire des Alliés
- Le désastre humain
- 1945, début d'un âge nouveau ?
- L'espoir d'un monde nouveau
- L'éclipse de l'Europe
- Les prémisses de la guerre froide
- Le déclin des empires coloniaux
- 1945, tournant surestimé ?
Maurice Vaïsse est directeur du Centre d’études d’histoire de la défense.
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
1945 : le tournant du XXe siècle ?
Lutte contre le terrorisme : la Belgique, maillon faible ?
Après les attentats de 2015 et 2016, la Belgique a été pointée du doigt et a fait l’objet d’un véritable Belgium bashing. Les critiques émises étaient parfois exagérées mais pas totalement injustifiées : les ministères régaliens avaient fait l’objet de coupes budgétaires drastiques et la complexité du système politico-administratif belge rendait la coopération entre services difficile. Une commission d’enquête a tiré les leçons des attentats et de profondes réformes ont été entreprises.
La France face à la politique économique de Trump
La plupart des réformes annoncées en matière commerciale par le candidat Trump n’ont pas été mises en œuvre. La France peut tirer profit de l’existence de nombreux intérêts communs pour défendre sa vision d’une mondialisation à la fois libre-échangiste et régulée. Cependant, l’hypothèse d’un recours croissant à des mécanismes de protection et d’un rejet du multilatéralisme doit aussi être envisagée, notamment du fait de l’attitude de la Chine et de ses alliés.
Iran : architecture du pouvoir et conservatisme
Les institutions politiques iraniennes sont difficiles à déchiffrer. Elles sont les héritières de traditions particulières et de la Révolution de 1979. Les sources du pouvoir sont multiples : électorales, religieuses, économiques, groupes de pression, réseaux d’influence, etc. Au-delà de la dualité visible président/Guide suprême, le compromis établi entre traditions, loi religieuse et acquis libéraux est complexe et réduit la probabilité d’une évolution rapide du régime.
Le Monténégro ou la fragilité à toute épreuve
Le Monténégro est désormais membre de l’Alliance atlantique, et peut-être l’État des Balkans occidentaux le plus avancé sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne. Il a pu développer son ancrage régional et ses échanges avec les États voisins, au moment où ses relations avec Moscou se faisaient plus difficiles. Son identité nationale reste néanmoins fragile. L’économie connaît de réelles difficultés, et son système politique fait l’objet d’une contestation interne croissante.