Le "retour" de la France dans l'OTAN : une décision inopportune
La décision de la France de rejoindre la structure intégrée de l’OTAN confirme des évolutions déjà anciennes. Elle n’en est pas moins contestable. Symbolique, elle affecte l’image du pays sur la scène internationale. Elle ne garantit nullement une évolution de l’Alliance correspondant à nos intérêts de nation, et n’aide pas à lever les ambiguïtés sur son propre avenir. Elle risque enfin de réduire progressivement à néant la volonté de la France de se défendre par elle-même.
Il est vrai que, comme le font remarquer ses partisans, la décision prise par le président de la République française de rejoindre la structure militaire intégrée de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) entérine certaines évolutions déjà anciennes, dont on pouvait à l’époque discuter l’opportunité, mais qui sont, en quelque sorte, rentrées dans les mœurs.
La France a ainsi contribué à pérenniser l’OTAN, après la fin de la guerre froide, en acceptant qu’elle intervienne, en 1994-1995, en Bosnie-Herzégovine, puis en 1999, cette fois sans mandat de l’Organisation des Nations unies (ONU), au Kosovo, et plus généralement en Yougoslavie. Dès décembre 1995, la France a regagné le Comité militaire de l’OTAN. Nous avons accepté le « hors zone ».
L’Alliance atlantique, à laquelle nous n’avions jamais cessé de participer, était au départ une alliance défensive, cantonnée à la zone euro-atlantique. Elle est devenue, au fil des ans, et particulièrement depuis 1999 (Kosovo) et 2001 (Afghanistan), une alliance globale, engagée dans des opérations de stabilisation et de rétablissement de la paix. Il s’agit là d’un changement de nature. On nous présente maintenant l’OTAN comme un « bras armé de l’ONU », mais cela n’a pas toujours été le cas. Pendant la guerre du Kosovo, et pour bombarder les villes yougoslaves, l’OTAN a agi en se substituant à l’ONU, et sans mandat du Conseil de sécurité. Espérons que ce fâcheux précédent ne se reproduira pas. Constatons toutefois qu’il a ouvert la voie, quatre ans plus tard, à l’invasion de l’Irak par une « coalition de volontaires » regroupés autour des États-Unis et, pour la plupart, membres de l’OTAN, anciens ou nouveaux. La France, sur sa ligne d’opposition à l’invasion de l’Irak, était alors loin d’être majoritaire au sein de l’Organisation que dominent les États-Unis, aussi bien d’ailleurs qu’au sein de l’Union européenne (UE).
Par ailleurs, nous sommes devenus l’un des principaux contributeurs de ces « opérations de stabilisation » de l’OTAN. Fallait-il aller plus loin, en rejoignant le Comité des plans de défense (DPC) ainsi que les états-majors de l’OTAN, bref la structure militaire intégrée qui reste placée, du point de vue opérationnel, sous le commandement suprême d’un général américain ? La justification de cette décision n’est pas évidente car c’est là une décision politique et symbolique dont l’importance ne saurait être sous-estimée. [...]
PLAN DE L’ARTICLE
- Quels intérêts communs ?
- L’Alliance face aux défis d’aujourd’hui
- Un danger pour la France ?
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre d’État de la Recherche, de l’Éducation nationale, de la Défense et de l’Intérieur, est sénateur du territoire de Belfort et président de la Fondation de recherche Res publica.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Le "retour" de la France dans l'OTAN : une décision inopportune
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL’Europe, la puissance et la finance
La finance est devenue un attribut essentiel de la puissance. Son importance est accrue par les investissements considérables requis par les transitions énergétique et numérique, ou encore par la nécessité de soutenir les économies frappées par la pandémie de COVID-19. En matière de puissance financière, l’Union européenne dispose de nombreux atouts, à commencer par sa monnaie unique, mais elle souffre aussi de véritables handicaps, particulièrement visibles au moment de la présidence Trump.
Corées : perpétuellement vers la paix ?
Au cours des cinq dernières années, les périodes d’ouverture et de tension se sont succédé dans la péninsule coréenne. Donald Trump pensait pouvoir obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord par ses relations personnelles avec Kim Jung-un. Il a échoué. L’administration Biden se veut plus réaliste et méthodique. Elle pourrait choisir des options intermédiaires, plus modestes, tout en conservant l’objectif lointain d’un démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.
Le modèle de Dubaï face au centralisme d’Abou Dhabi
Vitrine des Émirats arabes unis, Dubaï n’a jamais complètement retrouvé la croissance d’avant la crise de 2009. La double crise sanitaire et économique est une nouvelle épreuve : Dubaï doit plus que jamais compter sur le soutien de l’émirat d’Abou Dhabi, cœur politique et sécuritaire de la Fédération. La phase actuelle confirme la prédominance politique d’Abou Dhabi dans la Fédération, et impose à Dubaï de redéfinir son modèle de développement, et son narratif.
Perspectives de l’endettement public
L’endettement public doit rester soutenable, adapté aux variations de la conjoncture, sauf à risquer des conditions d’emprunt dangereuses. Sa stabilisation dépend de la croissance, de la maîtrise des dépenses publiques et de la capacité à lever l’impôt. Les banques centrales peuvent prêter aux États, mais en prenant garde à une inflation affaiblissant les entreprises. L’annulation des dettes publiques par la Banque centrale européenne pourrait ouvrir un cycle d’inflation et de dépenses immaîtrisable.