Allemagne-Namibie : enjeux d’une réconciliation post-coloniale
Depuis l’indépendance de la Namibie et la réunification de l’Allemagne, les relations germano-namibiennes sont marquées par les débats sur la reconnaissance du « génocide » perpétré par les troupes coloniales dans le Sud-Ouest africain entre 1904 et 1908. Malgré une aide allemande massive au développement, ces relations dépendent en grande partie de l’acceptation par Berlin de l’héritage colonial et de la résolution de la question des réparations soulevée par les descendants des Hereros et des Namas.
Swakopmund, station balnéaire luxueuse à l’architecture germanique début XXe siècle des bords de Baltique, abrite le Café Anton qui sert, de l’avis général, le meilleur Apfelstrudel d’Afrique. Elle est l’un des hauts lieux du tourisme en Namibie – pays qui attire près de 100 000 touristes allemands l’an –, et concentre une partie des 30 000 Namibiens allemands. Ces derniers forment une communauté soudée, avec ses propres écoles, ses brasseries, son journal Allgemeine Zeitung fondé en 1916 – seul quotidien d’Afrique en langue allemande, tiré à 5 000 exemplaires. Ces descendants des Südwester (pionniers allemands) – près de 7 000 sont restés après la perte de la colonie placée sous mandat sud-africain après la Première Guerre mondiale –, se considèrent comme des Namibiens à part entière, paraissant insensibles aux aléas de l’histoire et vouloir se distancier des tragédies de la période coloniale.
C’est à Berlin que de novembre 1884 à février 1885 se réunit la conférence internationale au cours de laquelle 14 États invités entérinent le partage du continent africain. L’Allemagne, occupée à sa propre unité jusqu’en 1871, réclame, elle aussi, sa « place au soleil » (Bernhard von Bülow), et va s’établir notamment dans le Sud-Ouest africain (actuelle Namibie) dès 1883. Les historiens ont longtemps minimisé cette période, au prétexte que l’empire colonial allemand n’a existé que de 1884 à 1918 – à Versailles, en 1919, l’Allemagne perd la totalité de ses colonies. De plus, jusqu’à la fin des années 1980, l’histoire du colonialisme est éclipsée dans la mémoire de la République fédérale (RFA) par la Seconde Guerre mondiale et l’Holocauste. En République démocratique allemande (RDA), la période coloniale n’est certes pas occultée, mais elle est manipulée à des fins idéologiques, la RFA étant en ligne de mire pour sa « pénétration néocoloniale » en Afrique, et la culpabilité des crimes coloniaux lui étant attribuée exclusivement.
Les deux États allemands suivent par ailleurs deux voies diplomatiques : la RDA soutient l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO) pour l’indépendance ; la RFA entretient de bonnes relations avec l’Afrique du Sud et ne noue de discrets contacts avec la SWAPO qu’à compter des années 1980. C’est après la fin de la guerre froide et la réunification allemande que la période coloniale est étudiée par une nouvelle génération d’historiens. […]
PLAN
- La nature génocidaire du massacre des ethnies herero et nama
- Une « responsabilité particulière » de l’Allemagne, mais toujours limitée
- Aide au développement contre réparations financières
- Le travail apodictique de l’Allemagne sur l’héritage colonial
Stephan Martens est professeur de civilisation allemande contemporaine à l’université de Cergy-Pontoise et ancien recteur des académies de Guadeloupe et de Mayotte.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Allemagne-Namibie : enjeux d’une réconciliation post-coloniale
Les groupes chiites en Irak : enjeux nationaux et dimensions transnationales
Les milices chiites irakiennes se sont mobilisées rapidement après la déroute de l’armée irakienne face à Daech en 2014. Elles minimisent le rôle joué par les États-Unis dans les reculs actuels de l’organisation djihadiste. Elles entendent peser sur l’avenir de l’Irak, et investissent notamment le champ de l’éducation. Ces milices sont loin d’être unifiées. Si certaines ont des affiliations très claires avec l’Iran, d’autres entretiennent des relations plus distantes avec Téhéran.
L’Irak a-t-il jamais pu exister ?
Né de la décomposition de l’empire ottoman gérée par les impérialismes occidentaux, l’Irak, espace composite, a vu se succéder les régimes sans créer les bases psychologiques et politiques d’un État-nation. Les événements des deux dernières décennies n’ont fait, avec une lourde responsabilité occidentale, que creuser le fossé entre les communautés et les affiliations. L’Irak a-t-il jamais vraiment existé pour ses populations, et les conflits régionaux le laisseront-ils survivre ?
Irak, le laboratoire permanent
Si l’on s’en tient à l’adage anesthésiant qui voudrait que les peuples heureux n’aient pas d’histoire, les Irakiens partent d’emblée avec un lourd handicap. Ils forment en effet un peuple saturé d’histoire(s), depuis que la Mésopotamie a tenu lieu de décor aux premières sociétés humaines sophistiquées. La temporalité politique s’y affole, en outre, depuis 15 ans ; les velléités américaines de changer le destin du Moyen-Orient tout entier à partir de l’Irak ayant transformé le pays en laboratoire d’observation in vivo des transitions politiques et des recompositions sociales et communautaires (ethniques, religieuses) du monde arabe. Laboratoire déserté par ses laborantins, et où le protocole expérimental ne tient plus.
Liban : entre clientélisme régional et carcan national
En novembre 2017, les dirigeants saoudiens forcent le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à démissionner. Ils commettent ainsi une erreur d’appréciation aux conséquences importantes. Si Riyad espère une mise à l’écart politique du Hezbollah chiite par la communauté sunnite, ces agissements ont été dénoncés par la majorité des Libanais, toutes confessions confondues. Une retombée de cette action pourrait être le renforcement des courants pro-iraniens aux élections législatives de mai 2018.