Comprendre la résilience de la République islamique d'Iran
Les dirigeants iraniens nourrissent des ambitions régionales et sont conscients des limites de la puissance de leur pays. Aussi optent-ils pour une stratégie indirecte, évitant tout affrontement direct avec les adversaires de la République islamique. Les nouvelles sanctions américaines risquent de rapprocher plus encore Téhéran de Moscou et Pékin. Ceux qui pensent que les manifestations sporadiques peuvent se transformer en véritable révolution sous-estiment la résilience du régime.
Jusqu’à peu, les astres semblaient alignés pour un retour en grâce de l’Iran. Sur le plan interne, la présidence d’Hassan Rohani emportait la promesse d’une ouverture politique et économique. Sur les plans régional et international, la contribution iranienne à la lutte contre Daech et l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 offraient à la République iranienne l’occasion de redorer son blason, et l’espoir d’une réintégration dans le concert des nations. Déjà, Paris, Londres, Berlin et Ottawa œuvraient à renouer les liens diplomatiques avec Téhéran et, sans laisser l’encre de l’accord nucléaire sécher, Airbus et Total se ruaient vers le pays des mollahs pour y signer des contrats.
L’élection de Donald Trump rebat les cartes et hypothèque la normalisation du statut de l’Iran au sein de la communauté internationale. Dès son investiture, le nouveau président opère un virage à 180 degrés, en rompant le dialogue avec Téhéran et en renforçant les liens avec les Israéliens et les Saoudiens. Leur offrant son soutien indéfectible, Trump met à exécution sa promesse de déchirer l’accord de 2015. À nouveau relégué au rang de paria, l’Iran se voit menacé d’être neutralisé, et cantonné à sa sphère d’influence pré-2011. À ces revers s’ajoute une résurgence de la dissidence interne. Fin 2017-début 2018, des manifestations – les plus importantes depuis 2009 – éclatent à Méched, fief du président Rohani, puis dans d’autres métropoles du pays. Les manifestants défilent aux cris de « Mort au Guide ! », « Mort au régime ! ».
Dans quelle mesure ces développements risquent-ils de modifier la trajectoire de la politique de sécurité iranienne et d’influer sur l’évolution externe et interne du régime ? Pour déterminer les tendances qui marqueront les prochaines années, il faut replacer cette politique dans le contexte de ses objectifs fondamentaux, de ses moyens stratégiques, des résultats obtenus jusqu’ici, des obstacles auxquels elle se heurte et des options qui s’offrent désormais à elle – autant de prismes qui permettent de mieux entrevoir l’évolution et l’avenir du régime. […]
PLAN
- Des objectifs pérennes
- Une approche asymétrique de la politique étrangère
- Une série de succès (1990-2016) et un coup d’arrêt (2017-2018)
- Trois options
- Quelles implications internes ?
- Le mirage du thermidor iranien - Un régime pas aussi fragile qu’il n’y paraît
Pierre Pahlavi, docteur de l’université Mc Gill, est professeur au Collège des forces armées canadiennes, où il dirige le département de la Sécurité et des Affaires internationales.
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Comprendre la résilience de la République islamique d'Iran
Iran 2028, une rêverie politique
Le renforcement des sanctions américaines pourrait conduire à une aggravation des troubles intérieurs, en dépit d’une certaine libéralisation de la vie quotidienne. L’Iran adopterait dans un premier temps une posture internationale relativement discrète, maintenant le JCPOA, et tirant les conséquences d’un investissement extérieur aux bénéfices limités. L’inattendu pourrait bien venir, après la tentation conservatrice, d’une ouverture du régime iranien, à la fois en interne et en externe.
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