Corée du Nord/États-Unis : jusqu’où ira la confrontation ?
Donald Trump bouscule l’ordre mondial établi. Mais, en dépit de ses déclarations provocatrices, cherche-t-il vraiment à le remettre en cause ? Les bouleversements du système international ne datent pas de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Ils correspondent à des changements en profondeur du monde de l’après-guerre froide. Si le président américain accentue aujourd’hui le désordre du monde, il n’en est pas l’instigateur et ne fournit pas davantage de solutions, faute d’une stratégie claire.
Le 30 juin 2017, le président Trump tweetait : « L’ère de la patience stratégique avec le régime de la Corée du Nord a échoué. Cette patience est terminée. » Il critiquait ainsi la stratégie de son prédécesseur. Les stratégies visant un « démantèlement complet, vérifiable et irréversible » du programme nucléaire nord-coréen, qu’elles soient basées sur les incitations ou les sanctions, qu’elles soient unilatérales ou multilatérales – comme les pourparlers à six qui ont été menés de 2003 à 2009 – ont toutes échoué. La nucléarisation de la République populaire et démocratique de Corée (RPDC) représente un sérieux échec pour la communauté internationale, et notamment pour les États-Unis, dont l’ancien président Clinton affirmait, dès 1993, que Pyongyang « ne [pouvait] pas être autorisé à développer une arme atomique ».
Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, le régime nord-coréen a testé pour la première fois des missiles balistiques à portée intermédiaire (Hwasong-12) et intercontinentale (Hwasong-14) pouvant théoriquement frapper l’île de Guam et le continent américain. Il a fait exploser une bombe nucléaire d’au moins 100 kilotonnes en septembre 2017, et a menacé de réaliser un essai nucléaire dans le Pacifique depuis un missile balistique, ce qui constituerait le premier essai nucléaire atmosphérique depuis 1980. De nombreuses questions se posent également sur les conséquences de la possession de telles armes nucléaires et des vecteurs associés, notamment en termes de posture vis-à-vis de la Corée du Sud.
Devant ces essais et les déclarations nord-coréennes, le président Trump a multiplié les sorties médiatiques conduisant à une escalade verbale avec le régime nord-coréen. Certaines déclarations ont été maladroites et peu diplomatiques. Elles rappellent néanmoins l’importance de la dissuasion américaine. Lors du discours controversé devant l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), Donald Trump a par exemple affirmé : « Si nous sommes obligés de nous défendre ou de défendre nos alliés, nous n’aurons d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. » […]
PLAN
- La radicalisation de la position nord-coréenne sur les armes nucléaires
- Des armes sécuritaires mais surtout identitaires
- Une double erreur d’analyse sur l’avenir du régime
- Exercer une pression maximale sur le régime nord-coréen
- Des solutions militaires au coût très inégal et au résultat incertain
- Un optimisme limité
Antoine Bondaz, docteur en science politique, est chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et enseignant à Sciences Po Paris. Il a été chercheur invité à la Korea University de Séoul et au Carnegie Endowment for International Peace.
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