COVID-19 : l'Afrique face à une crise mondiale
La pandémie de COVID-19 a moins frappé l’Afrique que redouté. L’expérience des précédentes épidémies, la pyramide des âges, ont certes joué, tout comme la réactivité de tous les acteurs : États, sociétés civiles, organisations régionales... Les effets économiques et financiers de la pandémie n’en sont pas moins redoutables. L’aide internationale est nécessaire, mais l’expérience de la gestion de cette crise pourrait aider à redéfinir les relations entre États africains et acteurs extérieurs.
L’épidémie de SARS CoV-2 apparue en Chine en 2019 a accédé au rang de pandémie de COVID-19 dès les premiers mois de l’année 2020. Suivant les flux de la mobilité internationale, l’onde de choc s’est déplacée vers l’Europe, qui en est devenue l’épicentre, avant que les États-Unis ne soient à ce jour le pays comptant le plus grand nombre de cas dans un continent américain particulièrement affecté. Quant au continent africain, le premier cas a été diagnostiqué en Algérie le 25 février 2020. Si l’on suit les statistiques, l’Afrique demeure comparativement moins éprouvée en nombres de cas et de décès, même si la pandémie de COVID-19 y progresse dorénavant à un rythme soutenu.
De même que la pandémie du sida, pour laquelle l’Afrique subsaharienne reste la région du monde la plus touchée, le COVID-19 montre sur le continent une diversité de situations épidémiologiques que les discours ambiants écrasent sous un label unique. À ce jour, 45 pays d’Afrique subsaharienne sont touchés par cette pandémie, alors que l’Afrique du Sud concentre 45 % des cas. Si cette région du monde représente 17 % de la population mondiale, elle ne représente que 1,9 % des cas mondiaux de COVID-19, ce qui constitue une vraie fausse énigme au prisme des discours alarmistes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des médias occidentaux du début de cette pandémie.
On aborde ici les enjeux politiques et socio-économiques clés que le temps du COVID-19 a mis en exergue. Tout d’abord en analysant l’évolution de la pandémie sur le continent, en insistant sur les logiques de l’action publique souvent anticipée par les États africains. Il s’agit d’identifier les raisons qui ont présidé à cette anticipation politique des autorités, dans la mesure où leurs initiatives ont précédé la survenue des premiers décès et, dans la plupart des cas, vu le jour avant la détection du premier patient diagnostiqué au coronavirus dans le pays. Cette réactivité peut s’expliquer, du moins partiellement, par « la mémoire des pandémies » : l’Afrique a été, si ce n’est l’épicentre, du moins la terre d’élection de la maladie à virus Ebola (MVE) et des trois maladies auxquelles est dédié le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. […]
PLAN
- L’évolution pandémique en Afrique subsaharienne
- Une crise qui révèle des capacités d’action diverses
- La vulnérabilité de l’économie informelle
- Une opportunité pour repenser les partenariats internationaux ?
Fred Eboko est directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, au Centre Population et Développement (université Paris Descartes).
Sina Schlimmer est chercheuse à l’Institut français des relations internationales (Ifri).
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