Défense européenne : agir à temps
Le moment semble propice pour renforcer la coopération européenne de défense. Les objectifs sont identifiés et clairs : pouvoir déployer une force militaire européenne face à une crise ; pour ce faire, développer des capacités et un marché intérieur de défense. Les institutions existantes – état-major, Agence européenne de défense, embryon d’académie militaire… – sont sous-utilisées. Il est possible de franchir d’importants pas sans révolution institutionnelle, sans modification des traités.
Les derniers événements mondiaux ont renforcé la conviction que, même dans des domaines où la compétence européenne est limitée dans les traités, agir en commun, à l’échelle européenne, s’impose face à des menaces et enjeux qui dépassent nos États. C’est de toute évidence le cas de la pandémie, de la préservation du climat et de la défense. Plus que jamais, il est apparu clair, au-delà des effets de manche politiques, que ne pas être dépendant implique un effort d’« autonomie stratégique » de niveau européen, même si la sensibilité aux termes employés diffère d’une capitale à l’autre.
Les conditions du retrait d’Afghanistan ainsi que la dénonciation du contrat franco-australien dans le cadre de l’alliance AUKUS (Australie, États-Unis et Royaume-Uni) appellent une capacité de défense européenne moins dépendante des États-Unis. Dans un contexte favorable, le moment est donc à l’action, à condition de ne pas le gâcher par des initiatives promettant l’impasse, ou des préalables dilatoires, et d’en profiter pour mettre en œuvre les moyens existants.
Un moment propice
Face aux événements récents, des dissonances se sont certes fait entendre, venant principalement du nord et de l’est de l’Europe, mues comme toujours par la crainte de s’aliéner le partenaire américain, et de porter atteinte à l’Alliance atlantique. Le 5 octobre dernier, le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) Jens Stoltenberg mettait même en garde contre les « efforts pour créer quelque chose en dehors du cadre de l’OTAN, ou pour concurrencer ou dupliquer l’OTAN ». Propos d’autant moins avisés que Joe Biden, dans le communiqué publié à l’issue de son entretien avec Emmanuel Macron, avait reconnu dix jours plus tôt « l’importance d’une défense européenne plus forte et plus capable, qui contribue positivement à la sécurité globale et transatlantique et est complémentaire à l’OTAN ».
Comme souvent, des Européens surenchérissent sur les réactions américaines. Celles-ci sont mues par une hésitation entre la volonté de garder le contrôle des appareils de défense européens – et plus spécifiquement celui du marché des armements – et le désir d’encourager les Européens à se prendre en charge, à porter leur « part du fardeau ». […]
PLAN
- Un moment propice
- Les objectifs et les institutions existent
- Activer les moyens de planification et de conduite des opérations
- Une politique européenne pour les capacités
Claude-France Arnould est conseiller du président de l'Ifri pour les affaires européennes. Elle a été, entre 2001 et 2015, dans le cadre de l'Union européenne, directeur pour les questions de défense, puis du Crisis management planning directorate et directeur exécutif de l'Agence européenne de défense, avant d'être ambassadeur de France en Belgique.
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