Des néo-nationalistes au pouvoir à Rome ?
Les élections italiennes de mars 2018 ont consacré la victoire de la Ligue du Nord et du Mouvement 5 Étoiles. Ces deux partis populistes se sont alliés pour former un gouvernement eurosceptique. Leurs principaux griefs à l’égard de l’Union européenne ont trait à l’imposition de politiques d’austérité qui ont pesé sur l’économie italienne et au manque de solidarité européenne sur les questions migratoires. Rome ne souhaite pas rompre avec Bruxelles mais va devenir un partenaire difficile.
L’entrée en fonction le 1er juin 2018 de Giuseppe Conte comme président du Conseil italien marquera probablement une inflexion dans les relations entre l’Italie et ses partenaires de l’Union européenne (UE). Le Mouvement 5 Étoiles (M5S) de Luigi Di Maio et la Ligue du Nord (LN) de Matteo Salvini, vainqueurs des élections du 4 mars 2018 avec respectivement 33 % et 17 % des suffrages, justifient leur alliance imprévue par la nécessité de défendre les intérêts italiens en Europe. Se met ainsi en place, pour la première fois dans l’un des six pays fondateurs de l’Europe communautaire, un gouvernement constitué par des partis qui n’appartiennent pas à l’une ou l’autre des fédérations de partis qui ont dominé la politique européenne depuis les années 1950.
Régionaliste lors de son entrée au Parlement européen en 1989, eurosceptique après 1999, la LN appartient depuis 2015 au groupe Europe des nations et des libertés (ENL) aux côtés du Rassemblement national (ex-FN) français, du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) et du Parti pour la liberté (PVV) hollandais. Quant au M5S, fondé en octobre 2009 sur une orientation écologique, démocratique et sociale, ses élus forment, depuis leur entrée au Parlement européen en 2014, l’épine dorsale du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) avec le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) britannique. Cette absence de représentants de partis issu des démocrates-chrétiens, libéraux ou socialistes dans le gouvernement Conte se trouve pourtant compensée par la présence dans l’exécutif d’un petit tiers de techniciens ayant servi des gouvernants de ce qu’on serait presque tenté d’appeler l’Ancien Régime.
La formation du gouvernement Conte : l’Europe et les marchés financiers sur le qui-vive
La rupture du 1er juin 2018 apparaît d’autant plus nette que la formation du gouvernement Conte – la plus longue de toute l’histoire républicaine italienne (89 jours) – a laissé l’impression que le président de la République Sergio Mattarella, démocrate-chrétien de gauche et européiste, aurait souhaité éviter une telle issue. Après avoir exploré d’autres hypothèses, il a laissé le temps au M5S et à la LN de négocier un Contrat pour le gouvernement du changement. Sur proposition des deux récents alliés, il donne mandat de former un gouvernement à un professeur de droit proche du M5S, alors inconnu du grand public. Le 27 mai, il met cependant son véto à la nomination au poste de ministre de l’Économie et des Finances d’un économiste hostile à l’euro, Paolo Savona. Or, pour Matteo Salvini, cette nomination devait signifier aux partenaires européens l’ire de l’Italie en matière de gestion de la zone euro. […]
PLAN
- La formation du gouvernement Conte : l’Europe et les marchés financiers sur le qui-vive
- Des élections marquées par la faiblesse du camp pro-européen
- La revanche des opposants à la cure d’austérité Monti
- La crise migratoire de 2015
Christophe Bouillaud, ancien élève de l’École normale supérieure, est professeur de science politique à Sciences Po Grenoble.
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