Écosse : nationalisme, immigration et retour des frontières
Le débat sur l’indépendance de l’Écosse s’est installé comme une problématique majeure dans le paysage politique britannique depuis une cinquantaine d’années. Le Brexit a relancé une question qui semblait réglée depuis l’échec du référendum du 18 septembre 2014. L’Écosse semble hésiter entre davantage d’autonomie et l’indépendance, hésitation alimentée par les incertitudes sur les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, où les questions d’immigration figurent en bonne place.
Depuis plus de 300 ans, et aujourd’hui encore, l’Écosse est l’une des quatre nations du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord. L’Écosse fut un État souverain jusqu’à la signature de l’Acte d’union de 1707, qui réalisa l’union des Parlements écossais et anglais en un seul Parlement, à Westminster, sous l’autorité d’un roi protestant, et fonda le Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Ce fut une union volontaire. L’élite politique et économique écossaise avait en ligne de mire l’accès à l’immense empire britannique, à ses ressources et à ses débouchés. L’Écosse a d’ailleurs joué un rôle majeur dans l’extension et la consolidation de cet empire, et l’économie écossaise, et certains Écossais en ont pleinement profité. Cette union avec l’Angleterre, très longtemps favorable à une Écosse qui avait conservé une autonomie substantielle, n’a pas suscité de remise en cause sérieuse pendant plus de deux siècles. Si les premières revendications autonomistes écossaises datent de la fin du XIXe siècle, le nationalisme politique écossais n’a commencé à se structurer que dans l’entre-deux-guerres, l’actuel Parti national écossais (Scottish National Party – SNP) émergeant en 1934 de la fusion entre le très conservateur et autonomiste Scottish Party et le National Party of Scotland, classé à gauche et indépendantiste. En raison de ses dissensions internes, d’une ligne politique floue et de la faiblesse de son organisation électorale, le SNP est en fait resté cantonné aux marges de la politique britannique et écossaise jusqu’à la fin des années 1960.
Depuis 50 ans et le premier véritable succès électoral du SNP à la législative partielle de 1967 à Hamilton, le débat entre l’autonomie ou l’indépendance écossaise s’est installé comme une question majeure dans le paysage politique britannique. Jusqu’à présent, les forces unionistes l’ont toujours emporté, en concédant davantage d’autonomie à l’Écosse au sein du Royaume-Uni. Bien que les Écossais aient rejeté assez nettement l’indépendance en 2014, le vote anglais en faveur du Brexit en juin 2016 et la sortie programmée du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) au printemps 2019 ont relancé la perspective d’un second référendum. Son organisation n’est pas envisagée avant 2020 ou 2021, avant les prochaines législatives écossaises et une fois que les conditions de sortie de l’UE seront connues, et qu’il sera éventuellement possible d’en évaluer les conséquences. En Écosse, toutes les circonscriptions écossaises, sans exception, ont très nettement voté contre la sortie de l’UE.
PLAN
- Une dévolution en mouvement
- Ambiguïtés et incertitudes politiques
- Indépendance et immigration
- Le Brexit : opportunité pour l’indépendance ou pour un maximum d’autonomie ?
Fabien Jeannier est docteur en civilisation britannique, chercheur associé au laboratoire Identité culturelle, Textes et Théâtralité (ICTT), de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse. Ses recherches portent sur la société et la politique en Écosse.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Écosse : nationalisme, immigration et retour des frontières
L’Office of Net Assessment : plongée au cœur du think tank du Pentagone
La prospective de défense américaine s’est développée depuis plus de quarante ans autour d’une structure originale : l’Office of Net Assessment (ONA). Ce bureau, dirigé jusqu’en 2015 par Andrew Marshall, n’a compté depuis sa création qu’une centaine de collaborateurs directs. Il a toutefois contribué à alimenter tout un écosystème de recherche stratégique. Ses analyses, fondées sur la méthode pluridisciplinaire du Net Assessment, ont eu un impact important, parfois bien au-delà des États-Unis.
Arctique : le passage du Nord-Ouest sous tension
Avec la fonte de la banquise arctique s’est développé un discours médiatique et scientifique sur l’intérêt stratégique du passage du Nord-Ouest. La question du statut des eaux du passage du Nord-Ouest pose celle de l’inclusion ou non de ce détroit dans l’espace maritime souverain du Canada. Les relations entre États demeurent cordiales sur le sujet, et il n’y a pas de litige fort entre le Canada et d’autres pays à propos de la souveraineté sur cette route arctique.
Négociations climatiques et commerciales : itinéraires croisés
Depuis quelques années, les négociations multilatérales en matière commerciale et climatique connaissent des trajectoires différentes. Alors que la COP21 est vue comme un succès historique, les avancées dans le domaine commercial sont moins spectaculaires. Au-delà des enjeux respectifs – qui paraissent plus importants et urgents dans le domaine climatique –, des différences intéressantes peuvent être notées au sujet des modes de négociation ou du degré de contrainte pesant sur les parties.
L’Euro-Asie selon Pékin
Projet géographique à portée économique, et porteur de lourdes conséquences politiques, la stratégie chinoise des Nouvelles routes de la soie vise une connectivité généralisée dans l’espace eurasiatique. Cherchant à désenclaver une partie du territoire chinois, elle entend doubler la mondialisation maritime d’un développement des circulations terrestres. Russes et Européens sont, entre autres, concernés par les effets de cette stratégie, déjà concrétisée par de multiples décisions.