Faut-il négocier avec les djihadistes au Sahel ?
Les armées déployées au Sahel ne parviennent plus à endiguer la menace terroriste. La répression parfois indiscriminée contribue même à nourrir les dynamiques des conflits. Face à ce constat, d’autres pistes pourraient être explorées pour essayer de stabiliser cette zone. La négociation avec les groupes djihadistes pourrait être une option. De nombreux obstacles se dressent cependant sur cette voie et les négociations tentées sur d’autres théâtres n’ont pas toujours produit les effets escomptés.
À l’heure où les Américains reprennent leur dialogue avec les talibans en Afghanistan, la France n’aurait-elle pas intérêt à faciliter des négociations avec les djihadistes au Sahel ? Sept ans après le déclenchement de l’opération Serval au Mali, début 2013, force est en effet de constater les limites des diverses interventions militaires conduites dans la région.
Aujourd’hui, les troupes du dispositif Barkhane, qui a pris le relais de l’opération Serval en 2014, ne semblent plus en mesure de contenir la menace dite terroriste, pas plus d’ailleurs que les Casques bleus onusiens. Parallèlement, on assiste à une montée des protestations nationalistes contre la présence prolongée de soldats étrangers, accusés de vouloir recoloniser le continent. Si l’armée française jouit encore d’un certain soutien local dans les régions où elle s’est déployée au Mali, c’est surtout parce qu’elle y est devenue l’unique pourvoyeuse d’emplois, faute d’investisseurs. Quant aux troupes de la coalition antiterroriste du G5 Sahel (le Groupe des Cinq comprend le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad), elles ont subi de lourdes défaites, et leurs exactions ont contribué à légitimer des insurgés auprès de qui les civils sont allés chercher protection en dépit des atrocités commises par les djihadistes.
Aujourd’hui, le bilan est implacable. Le Mali est aussi divisé qu’avant l’opération Serval. Dans le Nord, les services publics ne fonctionnent pas, ou peu, les taxes continuent d’être collectées par divers groupes rebelles, et la route de Gao à Mopti est impraticable, obligeant les habitants de la zone à passer par le Niger et le Burkina Faso lorsqu’ils veulent se rendre en voiture jusqu’à la capitale Bamako. Un des objectifs initiaux de l’opération Serval était pourtant d’empêcher les djihadistes de s’enraciner dans les régions de Tombouctou et Gao. Mais l’intervention de la France n’a pas permis d’éviter l’éclosion de nouveaux groupes qui ont pris pied dans le centre du Mali et le nord du Burkina Faso avec, respectivement, la katiba Macina et Ansarul Islam.
Les enjeux du débat
Les impasses de la réponse militaire à des violences de natures très diverses sont patentes. La situation oblige donc à envisager d’autres options. Les stratégies classiques de contre-insurrection supposent de manier à la fois le bâton et la carotte. […]
PLAN
- Les enjeux du débat
- Une diplomatie à trois niveaux
- La négociation avec des djihadistes : un parcours du combattant
- Les « idéologues », les « opportunistes » et les « vengeurs »
- À quand la fin de l’impunité des forces antiterroristes ?
- Le précédent de la Lord Resistance Army
Marc-Antoine Pérouse de Montclos est directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Il vient de publier Une guerre perdue. La France au Sahel, Paris, J.-C. Lattès, 2020.
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Faut-il négocier avec les djihadistes au Sahel ?
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