Iran 2028, une rêverie politique
Le renforcement des sanctions américaines pourrait conduire à une aggravation des troubles intérieurs, en dépit d’une certaine libéralisation de la vie quotidienne. L’Iran adopterait dans un premier temps une posture internationale relativement discrète, maintenant le JCPOA, et tirant les conséquences d’un investissement extérieur aux bénéfices limités. L’inattendu pourrait bien venir, après la tentation conservatrice, d’une ouverture du régime iranien, à la fois en interne et en externe.
Il est difficile de faire des prédictions, surtout quand elles concernent l’avenir.
(anonyme)
Toujours l’inattendu arrive.
(sagesse populaire)
Début 2028, l’Iran se prépare à une nouvelle élection législative. La dernière décennie a été agitée, entraînant des évolutions sensibles du régime et de la société. Sept ans auparavant, le Guide suprême, affaibli par une longue maladie, avait dû se retirer, quelques mois avant l’élection présidentielle du printemps 2021, marquant la fin du mandat du président en exercice. Le Guide avait évidemment préparé sa succession en avançant le nom d’un fidèle. Mais l’Assemblée des experts, composée de 88 religieux chargés d’élire son successeur, avait échoué à le faire élire, la minorité modérée de l’Assemblée multipliant les obstacles pour bloquer ce candidat conservateur, et poussant en revanche le nom du président de la République pour quelques mois encore.
En outre, la majorité conservatrice s’était finalement divisée entre deux candidats, l’un se revendiquant du Guide suprême sortant, l’autre ensuite apparu, clairement doté de titres plus éminents. Certes, l’écho de ces querelles s’était trouvé amorti par le caractère secret des débats, mais le blocage était devenu visible lorsque l’Assemblée, conformément à la Constitution, avait mis en place un Conseil de guidance de deux membres, chargé de gérer l’intérim. Au bout d’une quinzaine de jours toutefois, la majorité conservatrice du Conseil était parvenue à s’unir autour d’un troisième nom, ralliant une quasi-unanimité, y compris dans la minorité modérée, le candidat étant âgé de 80 ans, plutôt effacé, et se présentant comme un « pape de transition ».
Mais ce respectable exégète de la loi islamique se révèle assez vite un piètre politique. Ceci ne se voit pas immédiatement, l’opinion étant d’abord mobilisée par l’imminente élection présidentielle. Le président en exercice, conformément à la Constitution, ne peut plus se présenter. Sa fin de mandat, marquée par le retrait en 2018 des États-Unis de l’accord nucléaire conclu par six puissances à Vienne en juillet 2015, a été très difficile. Après des débats feutrés au cœur du régime, le consensus s’était fait fin 2018 sur l’idée de maintenir sans bruit l’Iran dans l’accord, en vue de préserver la possibilité d’une relance des échanges avec l’Europe, et de conserver le soutien de la Chine et de la Russie : manière, aussi, de préserver l’avenir au cas où Donald Trump finirait par disparaître au profit d’un président plus pragmatique.
PLAN
- Jeux politiques et mouvements de société
- Reprise en main conservatrice
- Impasses et ouvertures
- Sur le plan régional, le délitement de grandes espérances
- La nouvelle donne de 2025
- Une percée décisive à l’international
- L’inattendu arrive - La France, l’Europe
François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran, est chargé d’enseignement à Sciences Po Paris.
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