La stratégie économique de l’Iran : entre risque d’effondrement et ouverture incontrôlée
Les sanctions américaines réinstaurées en 2018 et la crise sanitaire ont renforcé l'isolement de l'Iran ainsi que les défis économiques : paupérisation de la classe moyenne, inflation, effondrement de la monnaie, fuite des cerveaux. Seuls une levée des sanctions et un dégel des avoirs iraniens à l'étranger pourraient, via une reprise des flux commerciaux et des exportations pétrolières, améliorer la situation économique du pays et renforcer la base populaire du régime, sérieusement effritée depuis 2009.
Depuis 1979, la République islamique s’est trouvée de manière quasi ininterrompue dans une situation économique de crise : économie de guerre de 1980 à 1988 (première guerre du Golfe), puis économie sous sanctions internationales. Ces sanctions sont jusqu’à aujourd’hui un cadre juridique contraignant pour tous les investisseurs internationaux qui seraient intéressés par le marché iranien. Ce défi des sanctions est multidimensionnel : embargo pétrolier américain en 1995, loi d’Amato-Kennedy de 1996, trains de sanctions européennes et onusiennes dans les années 2000, sanctions extraterritoriales américaines en lien avec la question nucléaire, le soutien de Téhéran au « terrorisme » ou encore les violations des droits de l’homme par le régime iranien.
La signature du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA), le 14 juillet 2015 à Vienne, n’a finalement laissé entrevoir qu’une possible ouverture très progressive de l’économie iranienne. Si le niveau des investissements directs étrangers dans le pays était encore modeste, la forte augmentation des flux commerciaux avec l’étranger ainsi que la reprise des exportations de pétrole post-JCPoA avaient entraîné entre 2016 et début 2018 une croissance économique robuste. Le retrait américain unilatéral de l’accord le 8 mai 2018, et conséquemment la réintroduction des sanctions américaines en lien avec le nucléaire, est venu y mettre un coup d’arrêt brutal.
En 2021-2022, comme lors des négociations internationales entre 2013 et 2015, la question des « dividendes économiques » des accords que Téhéran négocie avec la « communauté internationale » reste au centre des discussions. Les négociations qui se tiennent à Vienne depuis le printemps 2021 ne font pas exception. Il est cependant probable qu’un compromis sur le programme nucléaire à Vienne permette à la République islamique de dégager de nouvelles marges de manœuvre économiques et financières, indispensables mais non suffisantes pour assurer une stabilité politico-économique de long terme. […]
PLAN
- Une situation économique fortement dégradée depuis 2018, en dépit d’une récente amélioration
- Un mécontentement populaire qui s’intensifie
- Une stratégie économique affichée qui sous-estime la contrainte extérieure et le mécontentement intérieur
- Une ouverture économique nécessaire mais non sans risque pour le régime
- La levée des sanctions réinstaurées en 2018 : indispensable mais non suffisante
Matthieu Etourneau, diplômé en histoire économique de la London School of Economics, a été directeur Moyen-Orient du MEDEF International et directeur général du Centre français des affaires de Téhéran. Il est entrepreneur et analyste Moyen-Orient, basé à Dubaï.
Clément Therme, membre associé du CETOBAC à l'EHESS, chercheur associé à l'Institut universitaire européen de Florence et à l'Institut international d'études iraniennes (Rasanah), est chargé de cours à la Paris School of International Affairs (PSIA) à Sciences Po, et à l'université Paul Valéry-Montpellier.
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