L’Afrique des pauvretés à l’heure du COVID-19
En 2020, l’Afrique reste le continent le plus pauvre de la planète, pauvreté que combat l’aide internationale qui la définit avec ses normes et outils. Fait social total, la pauvreté en Afrique s’inscrit dans l’histoire des sociétés sans État protecteur si bien qu’il faut dépasser les approches habituelles pour la comprendre. Si le COVID-19 ne semble pas avoir eu l’impact qu’il a eu ailleurs, les vulnérabilités de ce continent mondialisé mettent à l’épreuve une « résilience » hors du commun.
Dans un continent potentiellement riche, les Africains sont restés pauvres en dépit de six décennies de lutte contre la pauvreté. Le COVID-19 les affectera, même si son impact y semble moins élevé qu’ailleurs en janvier 2021 : l’expérience des crises sanitaires y étant plus forte que dans les pays occidentaux, le savoir-faire sociétal africain saura sans doute mieux contenir les effets du coronavirus.
La pauvreté est l’expression de déficits de pouvoir d’achat, d’aliments, de soins et de droits personnels et collectifs. Intégrés dans des familles élargies, à la ville ou à la campagne, dans des groupes hiérarchisés ou segmentaires, les Africains pauvres ont des besoins à satisfaire et des droits à faire valoir dans des sociétés inégales, autoritaires, anomiques, mais aussi corrompues. C’est dans ce contexte – souvent chaotique – que la pandémie va accélérer les processus de paupérisation. Extravertis depuis l’épisode colonial et puissamment connectés au monde, les Africains ont intégré la société de « comparaison », et le ressentiment qui en découle. […]
PLAN
- Penser les pauvretés ou les chiffrer pour les combattre ?
- Les approches simplistes d’un fait social total
- Des ruraux marginalisés aux citadins à la recherche d’une vie « augmentée »
- Être pauvre quand l’État-providence n’existe pas
- « Mille petits ne valent pas un grand » : pauvreté et inégalités dans l’ajustement et la mondialisation - Des processus de paupérisation induits par les sociétés et le développement
- La pauvreté induit une forte fécondité qui aggrave elle-même les conditions d’existence des pauvres
- La « famille-providence » ne constitue pas nécessairement le bouclier attendu
- Des stratégies informelles de survie aux résultats limités
- Les « traditions africaines » limitent fortement l’émancipation des « cadets sociaux »
- L’insécurité foncière grandissante alimente la pauvreté rurale
- « Quand les éléphants se battent ce sont les herbes qui subissent »
- Plus l’État est handicapé, moins il protège les pauvres
- Les pauvres loin des radars de l’éducation et de la santé
- Le développement rural échoue quand il procède par substitution au lieu de se reconstruire sur les savoirs des pauvres
- Des politiques macro-économiques socialement destructives - Derrière la crise du COVID-19, des dépendances préoccupantes
- La crise sanitaire que l’on craignait n’a pas eu lieu
- Des conséquences économiques catastrophiques pour les pays les plus dépendants
- De nouveaux pauvres chez les citadins et les producteurs dépendant du marché international
Georges Courade est directeur de recherche honoraire à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Il a notamment publié L’Afrique des idées reçues, Paris, Belin, 2016.
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L’Afrique des pauvretés à l’heure du COVID-19
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