L’Amérique latine à l’épreuve du COVID-19
Les gouvernements latino-américains n’ont pas réagi de façon uniforme à la pandémie de COVID-19. Deux cas extrêmes sont le Brésil de Jair Bolsonaro, qui s’est enferré dans le déni, et l’Argentine d’Alberto Fernandez qui a opté relativement tôt pour des mesures de confinement. Le virus a frappé des États et des sociétés fragiles qui ressortiront de la crise encore plus affaiblis. La récession majeure qui s’annonce risque d’accroître des inégalités déjà fortes et d’exacerber les tensions sociales.
Le 14 mars 2020, alors que l’épidémie de COVID-19 se propageait à l’ensemble de la planète, l’Amérique latine comptait officiellement à peine plus de 2 000 personnes contaminées. À cette date, plusieurs pays de la région avaient fait preuve de prudence, en adoptant des mesures de confinement, notamment l’Argentine, la Colombie et le Pérou. La faiblesse de leur système de santé et le mauvais état de leurs infrastructures hospitalières expliquant en partie cette anticipation des autorités publiques. Malgré cela, l’Amérique latine est devenue, dès la fin du printemps et durant plusieurs semaines, l’épicentre de la pandémie dans le monde. Début septembre, six mois après le début de la crise, l’Amérique latine a franchi le seuil des 300 000 décès et figure parmi les régions les plus sévèrement frappées.
Bien que l’Amérique latine ne présente pas un bilan homogène, elle ressort globalement affaiblie d’une crise sanitaire sans équivalent dans l’histoire récente. Si la pandémie exerce une pression insoutenable sur le système hospitalier, elle constitue aussi un catalyseur des tensions socio-économiques dans des sociétés latino-américaines caractérisées par de fortes inégalités. Plus généralement, la crise a mis à l’épreuve la résistance des États, qui voient leur marge de manœuvre réduite par les difficultés économiques.
Une région dans l’œil du cyclone
En l’espace de quelques mois, la gestion de la crise du COVID-19 en Amérique latine a connu plusieurs phases distinctes. Une première phase (mars-avril) a vu la mise en place de mesures de restrictions pour endiguer la propagation du virus, afin d’éviter un effondrement du système hospitalier. À l’exception de quelques pays (Brésil, Mexique et Nicaragua), la plupart des gouvernements ont assumé des décisions fortes, en instaurant un confinement strict inspiré des expériences espagnole et italienne. L’impression, à première vue, d’un front commun, est toutefois rapidement dissipée par l’hétérogénéité des mesures prises, révélatrice des disparités politiques, sociales et économiques entre pays latino-américains.
Une deuxième phase, à partir d’avril, a laissé entrevoir un succès relatif dans l’endiguement de l’épidémie, ce qui a conduit les gouvernements de la région à desserrer progressivement l’étau des restrictions. Cet allègement fut perçu comme une nécessité face à une autre urgence, économique celle-là. Un confinement prolongé aurait en effet pu conduire à un véritable effondrement des économies de la région. Une troisième phase, caractérisée par une forte reprise épidémique dans plusieurs pays, s’est amorcée dès la mi-mai. Le Brésil, le Mexique et le Pérou figurent parmi les pays comptant le plus grand nombre de décès liés au COVID-19. […]
PLAN
- Une région dans l’œil du cyclone
- Le déni dogmatique du Brésil de Bolsonaro
- Crise de gouvernance au Mexique
- Argentine : succès sanitaire, péril économique et tensions politiques
Florian Vidal, docteur en science politique de l’université Paris-Descartes, est chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L’Amérique latine à l’épreuve du COVID-19
La crise en Catalogne, une fracture décisive
Le 1er octobre 2017, un référendum d’indépendance – déclaré illégal par le Tribunal constitutionnel espagnol – s’est tenu en Catalogne. 90 % des votants ont choisi l’indépendance. Après la proclamation de la « République de Catalogne », le chef du gouvernement espagnol a dissous le Parlement régional et convoqué des élections anticipées. Si les indépendantistes ont remporté ce scrutin, aucun camp ne sort vainqueur de la crise catalane. L’Espagne a désormais besoin d’une thérapie profonde.
Écosse : nationalisme, immigration et retour des frontières
Le débat sur l’indépendance de l’Écosse s’est installé comme une problématique majeure dans le paysage politique britannique depuis une cinquantaine d’années. Le Brexit a relancé une question qui semblait réglée depuis l’échec du référendum du 18 septembre 2014. L’Écosse semble hésiter entre davantage d’autonomie et l’indépendance, hésitation alimentée par les incertitudes sur les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, où les questions d’immigration figurent en bonne place.
Le Venezuela peut-il sortir de l'impasse ?
Depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela s’enfonce dans la crise. Au niveau politique, l’opposition est divisée et ne parvient pas à faire bloc face au président Maduro. Ce dernier prend des mesures de plus en plus contestées, comme la mise en place d’une Assemblée nationale constituante qui lui est acquise. Sur le plan économique, le pays est dépendant du pétrole et pâtit de la baisse des cours. L’inflation est devenue incontrôlable et la pauvreté extrême progresse.
Des empires dans tous leurs États
L’idée d’empire s’est concrétisée en Europe dans une histoire complexe, héritière de l’éclatement de l’empire romain, du Saint-Empire romain germanique à l’empire austro-hongrois et à celui des tsars. Les empires peuvent être des facteurs de paix en internalisant les conflits, mais aussi, comme au xxe siècle, facteurs de guerre. Leur dissolution conduit souvent à l’instabilité ; mais leur mode de fonctionnement pré-national pourrait aussi aider à penser le post-national.