Le djihadisme au Sahel après la chute de Daech
Alors que Daech et Al-Qaïda se sont violemment affrontés au Moyen-Orient, leurs « filiales » sahéliennes ont eu tendance à s’éviter. Depuis 2017, elles ont même entamé un rapprochement et coopèrent occasionnellement. La chute de Daech en zone syro-irakienne aura des répercussions au Sahel. S’il n’est pas dit que l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) fusionnent, il est en revanche assuré que le djihadisme perdurera dans la zone.
Depuis 2017, des rumeurs circulent au Mali sur un rapprochement inédit entre les « filiales » sahéliennes de Daech et d’Al-Qaïda, à savoir l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dirigé par Abou Walid Al-Sahraoui, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) commandé par Iyad Ag Ghali. Ces deux dirigeants et leurs lieutenants se seraient rencontrés à plusieurs reprises entre décembre 2017 et février 2018. Ainsi, en janvier 2018, l’Agence France Presse (AFP) indiquait avoir reçu une déclaration du porte-parole de l’EIGS, annonçant que les deux organisations, l’EIGS et le GSIM, coopéraient pour lutter contre la coalition anti-terroriste du G5 Sahel (G5S). Cette déclaration marquait une différence majeure entre ces deux groupes sahéliens et leurs « maisons mères » du Moyen-Orient, qui s’étaient affrontées à plusieurs reprises.
La proclamation du califat en 2014 par Daech a eu des répercussions au Sahel mais, à l’exception d’un affrontement d’envergure en juin 2015 entre l’EIGS et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), les deux mouvances se sont constamment évitées. En décembre 2015, Yahia Abou Hammam, chef d’AQMI au Sahel, regrettait les affrontements inter-djihadistes qu’il qualifiait de « grande fitna [schisme] à l’intérieur de l’islam à l’heure où les ennemis de l’Oumma se rassemblent et où il est un devoir pour les musulmans de s’unir ».
La fusion des groupes djihadistes proches d’Al-Qaïda a donné naissance, en mars 2017, au GSIM, qui a multiplié les attaques à travers tout le Sahel, y compris dans des pays – comme le Burkina Faso – jusque-là relativement épargnés par la violence djihadiste. De son côté, l’EIGS a poursuivi sa montée en puissance. La persistance de l’absence d’État en Libye, le repli des groupes de l’État islamique libyen vers le Sud, la chute de Daech au Moyen-Orient avec la perspective du retour possible de plusieurs milliers de combattants nord-africains de la zone syro-irakienne, ont ravivé les craintes de déstabilisation du Sahel.
Les limites du djihad sahélien d’Al-Qaïda
Le GSIM est le fruit de la fusion des quatre principales organisations djihadistes sahéliennes liées à Al-Qaïda : AQMI dirigée par Yahia Abou Hammam, Ansar Dine commandée par le Touareg Iyad Ag Ghali, Al-Mourabitoune avec pour chef Mokhtar Belmokhtar, et la Katiba du Macina du Peul Amadou Koufa. […]
PLAN
- Les limites du djihad sahélien d’Al-Qaïda
- La montée en puissance de l’État islamique dans le Grand Sahara
- Quel avenir pour les relations entre l’EIGS et le GSIM ?
Djallil Lounnas, docteur en science politique de l’université de Montréal (Canada), est professeur de relations internationales à l’université Al Akhawayn (Maroc).
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