Les dilemmes de la politique russe de l’Inde
La politique russe de l’Inde a nettement évolué après la guerre froide. Elle est déterminée par la dépendance de l’Inde à l’égard de l’industrie de défense russe, par ses besoins en énergie, et plus encore par la crainte que la Russie, poussée par son antagonisme avec les États-Unis, ne tombe dans la sphère d’influence chinoise. L’asymétrie de puissance entre l’Inde, la Chine et la Russie, et les dynamiques stratégiques entre Pékin et Washington, renforcent toutefois les convergences entre Pékin et Moscou.
La relation entre l’Inde et la Russie est ancienne. Elle trouve son fondement dans la volonté soviétique de contrer les influences américaine et chinoise en Asie du Sud pendant la guerre froide. Elle s’est particulièrement développée après la mort de Staline, en raison de la double détérioration des liens idéologiques et stratégiques entre l’Union soviétique et la Chine de Mao, et entre cette dernière et l’Inde. Elle a culminé avec la signature en 1971 du Traité de paix, d’amitié et de coopération entre les deux pays, qui permit les opérations militaires indiennes contre le Pakistan lors de la guerre de sécession du Bangladesh. Moscou a, de plus, fourni à l’Inde des lignes de production de tanks et d’avions de combat, et significativement contribué au développement de la flotte indienne.
Au terme de la guerre froide, c’est une même conviction sur la nécessité d’un rapprochement avec les États-Unis qui va, paradoxalement, les éloigner, la relation avec Washington faisant pour l’une et l’autre diversion sur presque toute la gamme de leurs coopérations bilatérales, à l’exception de celles relevant du secteur de la défense. L’éloignement, puis les tensions, qui ont caractérisé les relations russo-américaines après l’avènement de Vladimir Poutine n’ont pas rapproché réellement Moscou et New Delhi. Les liens entre l’Inde et la Russie ont, au contraire, considérablement souffert de la détérioration des relations entre Moscou et l’Occident, laquelle s’est accompagnée d’un double phénomène de rapprochement : entre la Russie et la Chine d’une part, entre l’Inde et les États-Unis de l’autre.
Sa dépendance à l’égard de l’industrie de défense russe, ses besoins en énergie et plus encore la crainte que la Russie, poussée par son antagonisme à l’égard des États-Unis, ne tombe totalement dans la sphère d’influence chinoise, incitent aujourd’hui l’Inde à tenter de revitaliser sa relation avec Moscou, avec, parallèlement, l’idée de l’éloigner politiquement de Pékin. New Delhi encourage pour ce faire Moscou à se montrer plus présente dans l’océan Indien, dans l’espoir d’exacerber ses éventuels conflits d’intérêts avec la Chine ; mais elle ne fait ainsi, à son corps défendant, que renforcer la convergence entre Pékin et Moscou dans le sud-ouest de l’océan Indien. L’Inde accentue parfois ce faisant les contraintes pesant sur ses principaux partenaires, sans aucun véritable gain stratégique pour elle-même. […]
PLAN
- Les déterminants de la politique russe de l’Inde
- L’Indo-Pacifique, ou la division par l’inclusivité
- La crise sino-indienne du printemps 2020 : cherche Moscou désespérément
- Les dilemmes de la politique indienne dans l’océan Indien
- L’Inde dans une impasse
Frédéric Grare est non-resident senior fellow au Carnegie Endowment for International Peace (Washington D.C).
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Les dilemmes de la politique russe de l’Inde
La souveraineté alimentaire ou le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes
La plupart des pays en développement dépendent des importations pour nourrir leur population. Les politiques libérales impulsées par les organisations financières internationales ont mis à mal l’agriculture traditionnelle au profit de grandes firmes multinationales. Les États du Sud doivent désormais reprendre les choses en main et mettre en œuvre des politiques agricoles volontaristes permettant d’atteindre la souveraineté et la sécurité alimentaires.
Quel bilan pour la Politique européenne de voisinage ?
Avec les élargissements de l’Union européenne de 2004 et 2007, les frontières de l’UE se sont déplacées vers l’est. Dans le cadre de la Politique européenne de voisinage puis du Partenariat oriental, l’UE tente d’entretenir de bonnes relations avec ses nouveaux voisins et de les faire évoluer vers la démocratie libérale. La Russie considère que cette approche menace ses intérêts et fait pression sur les anciennes républiques soviétiques pour qu’elles demeurent dans sa sphère d’influence.
Obamacare : genèse, bilan, futur
L’Affordable Care Act (ACA), plus connu sous le nom d’Obamacare, est une réforme ambitieuse du système de santé américain. Entrée en vigueur en 2010, elle vise d’une part à élargir l’accès à l’assurance santé et d’autre part à réorganiser la distribution des soins. 25 millions d’Américains ont ainsi pu obtenir une assurance santé. Le bilan de cette réforme est néanmoins mitigé. Donald Trump a engagé un processus de retrait de l’ACA. Il n’est toutefois pas certain qu’il parvienne à ses fins.
Back to the East of Suez? Les Britanniques dans l’océan Indien
En décembre 2016, le gouvernement britannique annonçait son retour « à l’est de Suez ». Or, au-delà de l’effet d’annonce, la capacité de Londres à jouer un rôle géopolitique dans la région reste limitée. Londres ne cache pas la priorité qu’elle accorde aux échanges commerciaux, en particulier avec la Chine, au détriment éventuel de l’Inde. Son soft power, en particulier dans le domaine de la formation, lui permet cependant de préserver sa présence hors des jeux de puissance locaux.