L’Inde peut-elle devenir une grande puissance ?
L’Inde de Modi ambitionne le statut de puissance globale, mais elle ne l’a pas encore gagné. La multiplication des défis proches, avec le Pakistan ou la Chine, contraint Delhi à mobiliser ses forces pour tenter de stabiliser son environnement. Sur le plan interne, les instabilités à base ethnique, ou sécessionnistes, se traduisent souvent par des attaques terroristes, et limitent la marge de manoeuvre extérieure du gouvernement, comme les pesanteurs de la bureaucratie des Affaires étrangères.
Paradoxalement, l’émergence de l’Inde sur les vingt dernières années apporte plus de questions que de réponses. L’Inde semble en effet être candidate au statut de grande puissance, si l’on s’en tient aux critères traditionnels, et notamment son dynamisme démographique et économique (septième économie mondiale), ainsi que ses dépenses militaires croissantes (troisième armée mondiale et cinquième budget de défense). New Delhi postule explicitement à une reconnaissance de son nouveau rôle international – ce qui est illustré par la quête d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. L’Inde est également progressivement reconnue par des observateurs extérieurs comme une grande puissance. L’ancien président américain Barack Obama avait notamment proclamé lors d’une visite à New Delhi en 2010 que l’Inde n’était « pas seulement un pays émergent, mais un pays qui avait déjà émergé ».
Toutefois, malgré ces changements, l’Inde ne se comporte pas comme une grande puissance traditionnelle. En dépit d’une puissance militaire indéniable, New Delhi agit encore de manière défensive dans sa posture sécuritaire, notamment lorsqu’il est question de projeter ses forces au-delà de son territoire. Le gouvernement indien refuse aussi de prendre l’initiative sur une variété de questions internationales, notamment dans le cadre des organisations multilatérales.
Pourquoi l’Inde est-elle considérée toujours comme une puissance émergente et non pas comme une puissance majeure au niveau global ? Quelles sont les limites à sa puissance ? Quels sont les obstacles à une politique étrangère plus confiante et assurée ?
Ces questions sont d’autant plus pertinentes que l’arrivée de Narendra Modi et du Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien) au pouvoir en 2014 avait soulevé les attentes d’une révolution dans la politique étrangère indienne. Le retour aux responsabilités du parti nationaliste hindou, après dix ans de gouvernement du Congrès national indien (CNI), semblait devoir permettre à New Delhi de se distancier de ses anciennes doctrines, notamment de son traditionnel engagement en faveur du non-alignement, et d’adopter une politique étrangère plus pragmatique, plus en phase avec ses nouvelles ambitions géopolitiques. Modi est au pouvoir depuis quatre ans, et il faut se rendre à l’évidence : ces prémonitions n’ont pas été complètement confirmées. Malgré une activité diplomatique sans précédent – Modi a visité 54 pays –, il n’y a pas encore eu de révolution dans l’orientation de la politique étrangère indienne. […]
PLAN
- Une région difficile : la Chine et le Pakistan comme rivaux
- Instabilité interne
- Obstacles politiques et institutionnels à l’expression de la puissance
- Futurs défis et opportunités pour l’Inde
Nicolas Blarel enseigne les relations internationales à l’université de Leyde aux Pays-Bas. Il vient de co-diriger, avec Sumit Ganguly et Manjeet S. Pardesi, The Oxford Handbook of India’s National Security, New Delhi, Oxford University Press, 2018.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L’Inde peut-elle devenir une grande puissance ?
Protection des données personnelles et cyber(in)sécurité
À mesure que s’interconnectent humains et objets, la protection de la vie privée recule. Les entreprises du Net vivent de l’exploitation des données individuelles de masse. Les États s’affranchissent des règles usuelles pour collecter les données afin de lutter contre le terrorisme et la délinquance. Les dispositifs légaux ne garantissent pas l’équilibre entre sécurité et protection des individus. La justice sera appelée dans l’avenir à jouer un rôle accru au service de cette dernière.
Droit international et prolifération des cyberarmes
Les attaques informatiques sont de plus en plus fréquentes et sophistiquées. Des cyberarmes telles que des virus ou des vers sont produites et diffusées par des acteurs publics et privés. Dans ce contexte, certains États cherchent à empêcher la prolifération des outils informatiques malveillants. La régulation des cyberarmes se révèle toutefois particulièrement difficile et les instruments juridiques adoptés jusqu’à présent ne permettent pas à eux seuls de garantir la stabilité du cyberespace.
Cyber : les enjeux pour la défense et la sécurité des Français
En janvier 2018, la France s’est dotée de sa première Revue stratégique de cyberdéfense. Ce document analyse les menaces existant dans le cyberespace, tout en constatant les défaillances de la gouvernance mondiale de l’internet. Il clarifie les principes d’organisation de la cyberdéfense française et présente l’État comme le garant de la cybersécurité de la Nation. Il plaide pour le rétablissement de la souveraineté numérique de la France et améliore les dispositifs de coopération public-privé.
Introduction
«Ventre mou » de nos sociétés ultra-connectées, la cybersécurité n’est désormais plus un sujet obscur, exigeant la publication d’ouvrages alarmistes pour capter l’attention. Voici quelques années encore, cette notion se limitait aux piratages informatiques de banques et d’entreprises, et ses logiques – il est vrai complexes – ne parlaient qu’à d’étroits cénacles d’experts techniques. Avec la multiplication des vulnérabilités, portées par la connectivité toujours plus importante des activités économiques et humaines, nos sociétés prennent conscience de l’ampleur des enjeux.