L’Union européenne, entre États-Unis et Chine
États-Unis et Union européenne (UE) convergent désormais pour considérer la Chine, longtemps vue avec une certaine bienveillance, comme un rival systémique dans l’ordre international. En dépit de cette convergence, leurs intérêts vis-à-vis de Pékin diffèrent, l’Union européenne entendant garder une certaine dimension partenariale dans ses relations avec la Chine. Mais l’UE ne pèsera dans l’Indo-Pacifique que si elle y développe des stratégies de long terme, appuyées sur des moyens concrets.
L’Union européenne (UE) souhaite depuis longtemps renforcer mais aussi rendre plus cohérente sa politique étrangère et de sécurité. Le traité de Lisbonne a institué un haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité ainsi qu’un nouvel organe diplomatique, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE). En dépit des progrès réalisés, en particulier dans la coopération de défense, l’UE est encore loin d’avoir une politique extérieure cohérente et efficace, alors même que le départ du Royaume-Uni a réduit son poids économique, politique et militaire.
Dans un climat international radicalement changé, l’Europe a pourtant pris conscience ces dernières années du besoin d’agir de manière plus autonome, et décisive. L’instabilité de son voisinage s’est aggravée de la politique agressive de la Russie et les défis posés par l’essor de la Chine sont devenus plus apparents, au moment où l’unilatéralisme américain de la présidence de Trump ébranlait la confiance dans l’Alliance transatlantique.
Dans ce contexte, le haut représentant Josep Borrell a parlé d’une Europe qui devait apprendre le langage de la puissance : terrain inconnu pour une Union dont les principes fondamentaux visent à dépasser la politique de puissance par le regroupement des souverainetés nationales et un système fondé sur les règles, définissant son action extérieure par ces principes mêmes. La politique étrangère et de sécurité reste pour l’essentiel une prérogative nationale, les outils de la politique géoéconomique comme le commerce, l’investissement, la politique de concurrence et la monnaie unique étant activés au niveau européen. Le problème est donc largement de combiner efficacement tous les instruments d’action dans un cadre cohérent.
Le président Biden a ouvert son mandat en annonçant le retour des États-Unis au multilatéralisme et à une coopération étroite avec leurs alliés. Ce qui implique aussi leur retour à un leadership mondial, sur la base de valeurs démocratiques partagées. Les Européens ont, dans l’ensemble, salué l’élection de Biden et son programme de renouvellement de l’engagement américain. Mais ils se demandent aussi si les quatre ans d’America first de Trump – qui traitait ses alliés en adversaires plus qu’en amis – étaient une aberration ou si la profonde polarisation du système politique américain ne menace pas toujours d’un retrait des États-Unis de la scène mondiale, et du système d’alliances construit après-guerre.
PLAN
- La fin des illusions : les positions américaine et européenne sur la Chine avant Trump
- L’unilatéralisme américain : la compétition avec la Chine
- La Chine reste au cœur de la politique étrangère des États-Unis
- Quel rôle pour l’Europe dans cette lutte de puissance ?
- À la découverte de l’Indo-Pacifique
Hans Dietmar Schweisgut, secrétaire général du Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe (CFA), a été entre 2014 et 2018 ambassadeur de l’Union européenne à Pékin.
Traduit de l’anglais par Cadenza Academic Translations
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