Politique étrangère et politique intérieure aux Etats-Unis : la parenthèse du XXe siècle ?
En 1917, les États-Unis intervenaient, pour la première fois de leur histoire, dans un conflit européen, rompant avec plus d’un siècle d’isolement. Pourtant, la doctrine de Monroe n’a pas cessé de hanter la conscience des Américains, qui regrettent ces temps idylliques où ils se sentaient protégés, de par leur Constitution, des troubles affaires des autres nations. Cette attitude connaît un regain de vigueur depuis la fin de la guerre froide, l’opposition frontale entre les deux blocs ne justifiant plus ni l’intervention permanente des États-Unis dans les problèmes du globe, ni la prééminence du président américain dans la conduite de la politique étrangère. Soit autant d’entorses aux principes constitutionnels d’une Amérique où les mécanismes régissant la politique intérieure déterminent, plus que dans tout autre pays, la politique extérieure.
Décrire la relation des États-Unis avec le reste du monde au cours du XXe siècle constitue une gageure qu'il serait risible de tenter en quelques pages. On essaiera donc de comprendre la politique étrangère américaine durant ces cent dernières années, même s'il s'agit d'un exercice quelque peu artificiel, tant les différences ont été importantes et les bouleversements majeurs. Des points de comparaison et de contraste éclairant l'analyse des Etats-Unis d'aujourd'hui existent cependant. Il convient pour cela d'élargir le champ d'observation en y incluant la politique intérieure et, en particulier, la relation que celle-ci entretient avec la politique étrangère américaine.
Du fait des mécanismes propres à la Constitution des États-Unis, un rapport spécifique, sans équivalent dans aucun autre pays, s'est en effet instauré entre ces deux dimensions. L'exceptionnelle stabilité constitutionnelle américaine a introduit un élément de continuité remarquable, par-delà les profonds changements connus par le pays dans son fonctionnement interne ou ses relations internationales. Il convient toutefois, pour appréhender pleinement la réalité, d'aller au- delà d'une approche strictement constitutionnelle. Car l'évolution de la pratique politique, sous l'effet de l'augmentation vertigineuse des responsabilités internationales américaines pendant la première moitié du siècle, a produit des changements considérables dans le mode d'exercice du pouvoir des différents acteurs de la politique extérieure.
En raison même de cet accroissement des responsabilités, le XXe siècle fut le témoin de mouvements contrastés dans les relations entre les différents pouvoirs constitués. Il faut dire que le pays lui-même n'est plus vraiment celui dont rêvent encore tant d'Américains, qui idéalisent aisément l'âge d'or mythique de la « frontier ». Tous les peuples ont tendance à juger leur situation présente par rapport à une période du passé supposée idyllique. En ce qui concerne les Américains, cette référence renvoie au tournant du XIXe siècle, quand les États-Unis acquirent leur aire géographique définitive, alors que la promesse de progrès perpétuels, le sentiment d'infinitude et l'espoir de perspectives sans cesse renouvelées étaient encore présents à l'esprit de tous.
Contrairement aux vieux États européens, les États-Unis ont en effet muté profondément dans leur essence, même au cours du XXe siècle. On peut aller jusqu'à se demander rhétoriquement s'il s'agit du même pays. Alors que les principales nations européennes n'ont subi ces cent dernières années que des évolutions limitées, les États-Unis ont vécu un changement quasi existentiel. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Un pays profondément changé
- Les Etats-Unis dans le monde
- La conduite de la politique étrangère
- L'intérêt national
Guillaume Parmentier est chef du Centre français sur les États-Unis (CFE), à l’Ifri et professeur associé à l’université Paris II.
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