Trump, l’Europe et l’OTAN : retour vers le futur
Donald Trump a fortement critiqué l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et mis en doute la volonté des Européens de payer pour leur propre défense. Les tensions dans les relations transatlantiques ont été qualifiées de « crise ». Pourtant, la situation actuelle s’inscrit dans une certaine continuité historique. En 70 ans d’existence, l’OTAN a traversé des crises bien plus graves et a fait preuve d’une résilience remarquable. L’Alliance atlantique, pour peu qu'on la soutienne, a de beaux jours devant elle.
En 2016, Donald J. Trump a qualifié l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) d’« obsolète », faisant écho au qualificatif utilisé par le général de Gaulle en 1966. Tous deux ont joint le geste à la parole. Charles de Gaulle expulsa les forces américaines stationnées en France, puis retira son pays du commandement militaire intégré de l’OTAN. Un demi-siècle plus tard, Donald Trump critique les dépenses militaires et les pratiques commerciales des États européens, perturbe les sommets internationaux, et fait pression sur ses alliés en proposant des sanctions économiques.
L’OTAN est régulièrement qualifiée de « structure en crise ». Depuis 70 ans pourtant, l’Alliance a déjoué d’innombrables pronostics anticipant son effondrement. Comment expliquer cette longévité en dépit de la récurrence des crises ? Une explication possible est que ces crises sont rarement aussi graves qu’elles le semblent. Charles de Gaulle avait, en son temps, rapidement rassuré les chefs d’État alliés en réaffirmant l’engagement de la France dans l’Alliance. De même, Donald Trump n’a pas tardé à déclarer que l’OTAN « n’était plus obsolète » au vu de ses transformations récentes.
Les déclarations fluctuantes du président Trump révèlent cependant quelque chose de plus profond à propos de la résilience de l’OTAN : sa capacité d’adaptation. La crise observée à l’époque du général de Gaulle provoqua une série de réformes aux niveaux organisationnel et stratégique. Aujourd’hui, l’organisation a plus que doublé le nombre de ses douze membres initiaux, et comprend désormais des États hier parties du Pacte de Varsovie, voire de l’Union soviétique. Par ailleurs, la plus grande et longue opération militaire de l’Alliance s’est déroulée en Afghanistan, loin des frontières géographiques de l’Atlantique Nord.
Les travaux consacrés à l’OTAN fourmillent de déclarations affirmant que l’organisation a perdu sa raison d’être à la suite d’une crise, ou de quelque tournant historique. Mais les arguments avancés ne parviennent pas à saisir la capacité d’adaptation de l’Alliance. Le traité de l’Atlantique Nord, texte fondateur de l’OTAN, proclame une série d’objectifs durables : la paix, la sécurité, la prospérité, le maintien d’instances démocratiques libres. […]
PLAN
- Comment l’Alliance évolue-t-elle ?
- Où va l’Alliance, où devrait-elle aller ?
- Bis repetita ?
- Ceci n’est pas une crise : période charnière et occasion à saisir
Seth A. Johnston, officier supérieur de l’armée de Terre américaine, est docteur de l’université d’Oxford, et affilié au Belfer Center for Science and International Affairs de l’université Harvard. Il est l’auteur de How NATO Adapts: Strategy and Organization in the Atlantic Alliance since 1950, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2017.
Traduit de l’anglais par Méline Bernard.
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