Un autre front nippo-coréen : la querelle des drapeaux
Le Japon entretient des rapports tendus avec ses voisins asiatiques. Les relations entre Tokyo et Séoul sont particulièrement dégradées. La mémoire de l’occupation de la Corée pendant la période impériale japonaise est encore vive. Les tensions se sont notamment cristallisées sur le symbole du soleil levant, encore utilisé par les armées japonaises. Cet emblème est aussi prisé de certains supporters dans les compétitions sportives et pourrait poser problème lors des Jeux olympiques de Tokyo.
Le 14 juillet 2018, à l’occasion du 160e anniversaire de l’ouverture des relations diplomatiques entre la France et le Japon, un détachement de six membres des Forces terrestres d’autodéfense (FTA) a défilé à Paris autour du drapeau national du Japon et de celui des FTA. Le Japon, « partenaire d’exception » de la France, était, avec Singapour, l’invité d’honneur de la fête nationale française. L’événement suscita beaucoup de curiosité dans la presse française, qui ne relaya guère les manifestations de protestation : celle, notamment, de l’Association d’amitié franco-coréenne, comparant le drapeau des FTA aux emblèmes nazis et dénonçant le lobbying japonais auprès des forces armées françaises. Ce drapeau représente en effet le disque solaire rayonnant (kyokujitsuki) associé à la politique impérialiste du Japon, particulièrement marquée dans l’entre-deux-guerres.
Le défilé ne passa pas non plus inaperçu dans la presse sud-coréenne, qui ne manqua pas de rappeler que l’article 645-1 du Code pénal français réprime le port et l’exhibition d’insignes et d’emblèmes d’organisations condamnées pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et déplora le manque de sensibilité du public aux souffrances endurées en Asie sous le joug japonais. Dans une lettre ouverte au président de la République française, une association coréenne demanda, sans succès, à ce que les membres du détachement soient aussitôt mis en examen.
Étudier le rôle des insignes militaires dans les relations du Japon d’après-guerre avec ses voisins offre ainsi l’occasion d’une réflexion sur les répertoires d’interprétations divergentes, inscrites dans des visions conflictuelles, et souvent instrumentalisées, de l’histoire.
Le pavillon des Forces maritimes d’autodéfense dans la tourmente
Les relations nippo-sud-coréennes traversent à l’heure actuelle une forte zone de turbulences. Le contentieux colonial − femmes de réconfort, manuels scolaires, travail forcé… –, et la dispute autour des îles Takeshima (Tokto) ont généré au cours de l’été 2019 des métastases inattendues sur le front économique et de la coopération militaire bilatérale.
Depuis septembre 1996, date à laquelle deux navires de guerre japonais étaient entrés pour la première fois dans le port de Pusan, le pavillon japonais n’avait pas suscité de difficultés particulières ; mais il est vrai que, jusqu’en avril 2012, les manœuvres bilatérales n’avaient pas été rendues publiques. […]
PLAN
- Le pavillon des Forces maritimes d’autodéfense dans la tourmente
- Des rencontres sportives sous tension
- Les Jeux olympiques de Tokyo pris en otage ?
- Extension du domaine de la lutte : la campagne internationale d’éviction de l’emblème du disque solaire rayonnant
Éric Seizelet est professeur émérite à l’Université de Paris. Il a notamment publié avec Régine Serra Le Pacifisme à l’épreuve. Le Japon et son armée, Paris, Les Belles Lettres, 2009.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Un autre front nippo-coréen : la querelle des drapeaux
Blitzkrieg pour la paix : la réconciliation Éthiopie-Érythrée
Il faut, pour comprendre les chaotiques relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée – avant-dernier État indépendant d’Afrique –, remonter au début du xxe siècle et aux conséquences des actions multiples des grandes puissances dans la région. Guerre de trente, ou de cinquante ans, l’opposition entre Addis-Abeba et Asmara semble désormais muer en dialogue. L’héritage d’une histoire et d’une culture communes suffira-t-il à garantir la paix, en dépit du caractère dictatorial du régime érythréen ?
La Libye depuis 2015 : entre morcellement et interférences
La Libye est aujourd’hui, de facto, divisée en plusieurs entités. Les efforts déployés par la communauté internationale pour tenter de réconcilier et réunir le pays ont échoué. Un gouvernement d’entente nationale a certes été mis en place mais il peine à s’imposer et à répondre aux besoins de la population. Du point de vue occidental, la situation est toutefois moins préoccupante que par le passé, notamment parce que Daech a perdu ses emprises territoriales.
Le défi de la démocratie européenne
L’affirmation du rôle du Parlement européen est une réponse au reproche de déficit démocratique dans l’Union. Cette affirmation reste inachevée, du fait de la nature même de l’Union européenne. On doit concevoir cette Union comme une « fédération en devenir », équilibrant la légitimité des démocraties nationales et celle du Parlement européen. La procédure de désignation des Spitzenkandidaten, candidats têtes de liste des partis européens, permet de renforcer l’espace du débat public européen.
Peut-il y avoir une démocratie européenne ?
Le déficit démocratique de l’Union européenne dénonce un double manque : celui d’une réelle séparation des pouvoirs et celui d’un peuple européen. Un renforcement des pouvoirs du Conseil des ministres pourrait favoriser une « démocratie au second degré ». Le véritable changement serait d’aller vers une Europe confédérale. Mais le choix de cette option serait inséparable du refus de la subordination européenne : un choix partagé par peu d’États membres, indépendamment de la volonté des peuples.