Union européenne-Balkans occidentaux : les illusions perdues ?
La « perspective européenne » des pays des Balkans a peu avancé depuis 2003. En cause, une stabilisation régionale inachevée, une vraie difficulté à faire aboutir les réformes internes exigées par le processus d’adhésion, mais aussi les contradictions et frilosités des membres de l’Union européenne. Une approche nouvelle et plus progressive devrait être adoptée par Bruxelles, qui correspondrait mieux à l’« attente européenne », toujours large, des opinions de ces pays.
« Le processus d’adhésion des Balkans à l’Union européenne, miné par des années d’ignorance, de tromperie et d’irrespect mutuels, a finalement succombé aux politiques à courte vue des leaders populistes européens et des Balkans » : le commentaire disait bien les frustrations dans les Balkans après le véto renouvelé de la Bulgarie à l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord, le 22 juin 2022, alors que le Conseil européen allait reconnaître, le lendemain, la candidature de l’Ukraine et de la Moldavie.
L’ouverture de ces négociations a finalement été décidée en juillet. Tous les Balkans avaient reçu le statut de « candidats potentiels à l’adhésion » au Conseil européen de Feira en juin 2000. La « perspective européenne » promise au sommet de Thessalonique de juin 2003 a donc été peu couronnée de succès. C’est le paradoxe de vingt années : une intégration européenne limitée face à une stabilisation inachevée. L’héritage de la guerre n’est toujours pas soldé, il s’est mué en guerre des mots, entre ethno-nationalisme et victimisation, loin des critères d’adhésion à une Union elle-même plutôt tiède à s’élargir à nouveau. La pré-adhésion est devenue l’antichambre de frustrations aux conséquences graves.
La difficile quête de l’état de droit
Le Processus de stabilisation et d’association (PSA) a posé le cadre des relations de l’Union européenne (UE) avec les Balkans occidentaux en vue de leur adhésion. Adopté au sommet de Zagreb (2000), confirmé à Thessalonique, le PSA ajoute aux critères de Copenhague (1993) une conditionnalité de « stabilisation » pour solder l’héritage des guerres : bon voisinage et coopération régionale, retour des réfugiés et coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Les outils du cinquième élargissement y sont transposés : dialogue politique, zone de libre-échange dans des accords de stabilisation et d’association, assistance technique et financière, réformes pour l’adoption de l’acquis communautaire.
Le raisonnement était simple. Après l’adhésion réussie des pays d’Europe centrale, l’UE faisait de son soft power, avec la perspective d’adhésion, la clé de ses politiques avec ses voisins : démocratie et économie de marché devaient triompher sur le continent européen. Mais l’UE avait sous-estimé le lourd héritage des guerres. [...]
PLAN
- La difficile quête de l’état de droit
- Une intégration européenne limitée
- Une stabilité fragile au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine
- Entre démocratie et stabilité : la « stabilocratie »
- Frontières physiques et barrières mentales
- L’État-parent au cœur des identités en conflit
- Quand les Balkans enrichissent l’Union
- Les Balkans divisés face à l’agression de la Russie en Ukraine
- Pré-adhésion : l’antichambre des frustrations
- Pour des adhésions par étapes avec phase de consolidation
Pierre Mirel est directeur général honoraire de la Commission européenne et chargé d'enseignement à Sciences Po (2012-2022).
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