Zone franc : fin et réincarnation
La réforme de la zone franc annoncée par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara ébranle certains de ses fondements, en en pérennisant certains autres sous des formes de coopération dont les modalités restent à définir. Pour que cette réforme puisse avoir une véritable portée, elle devrait être intégrée d’abord dans une problématique globale du développement des pays de la zone franc, et plus largement dans une dynamique incluant les autres pays africains.
Emmanuel Macron a annoncé, le 21 décembre 2019 à Abidjan, avec Alassane Ouattara, président de la Conférence des chefs d’État de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), une réforme en profondeur de la zone franc (ZF). Cette décision, considérée par de nombreux observateurs comme historique, était souhaitée par de multiples acteurs de la société civile, du milieu des affaires, académique et politique. Elle apparaît à cet effet, comme une réponse politique aux critiques qui lui ont régulièrement été adressées, dont la brèche ouverte au lendemain des indépendances par Osendé Afana (1966), et Joseph Tchundjang (1980), s’est amplifiée à partir des années 2000, facilitée par la diffusion des Technologies de l’information et la communication (TIC).
Brève archéologie de la zone franc
Héritage colonial, la ZF apparaît encore aujourd’hui comme une expérience de coopération monétaire singulière puisqu’elle dure depuis plus de 75 ans. Atypique, car elle résulte des accords monétaires liant l’État français à quinze États africains indépendants regroupés dans trois banques centrales distinctes n’ayant aucun accord spécifique entre elles et dotées chacune de monnaies propres, non convertibles.
- La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), émet le franc de la Communauté financière africaine (CFA), au cours libératoire légal dans l’espace UEMOA : Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Togo et Sénégal.
- La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) émet le franc de la Coopération financière africaine (CFA) de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad. La CEMAC est elle-même constituée de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) et de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), la première étant en charge des questions monétaires, la seconde de l’économie réelle.
- La Banque centrale de la République des Comores émet le franc comorien.
Les accords conclus dans la foulée des indépendances avec la BEAC en 1972, la BCEAO en 1973, la Banque centrale des Comores en 1979 ont consolidé le fonctionnement actuel de la ZF, tout en ramenant le niveau d’obligation de détention des réserves de change dans le compte d’opérations de 100 % à 65 %. Ils induisaient deux implications majeures. Premièrement, le transfert physique des sièges de la BEAC et de la BCEAO de Paris à Yaoundé et Dakar ; et la réduction significative du nombre des représentants français dans la gouvernance des Banques centrales. [...]
PLAN
- Brève archéologie de la zone franc
- Les mutations de la zone franc
- La réforme annoncée de la ZF
- La réforme des symboles, ou la fin de ZF
- La garantie française, ou la réincarnation de la ZF - Les implications d’une réforme
- L’eco, une monnaie de la CEDEAO
- L’eco, un exemple pour la CEEAC
Désiré Avom est professeur de sciences économiques à l’université de Dschang (Cameroun).
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Zone franc : fin et réincarnation
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