Comment les changements de l’opinion publique ont-ils influencé ou contraint les choix de politique étrangère dans votre pays ? Le cas français
En France, la politique étrangère fait partie de ce que l’on appelle le « domaine réservé » du président de la République. Depuis qu’il est entré en fonction, Emmanuel Macron n’a – à notre connaissance – jamais reconnu une quelconque influence de l’opinion publique sur sa politique étrangère.
En revanche, il a cherché à convaincre les Français du bien-fondé de ses choix, surtout sur des sujets sensibles. Ce fut le cas, par exemple, sur l’Ukraine : le chef de l’Etat avait bien mesuré que les sanctions contre la Russie pèseraient sur le portefeuille de ses concitoyens et risquaient d’être impopulaires. Il a néanmoins décidé d’assumer cette ligne et les Français ont exprimé de manière répétée un soutien net quoique déclinant aux sanctions. Evidemment, ces sondages ne sauraient démontrer que la politique fait l’opinion, ni à l’inverse que l’opinion fait la politique : corrélation ne vaut pas causalité.
Un autre exemple intéressant est celui du conflit israélo-palestinien qui est sans doute le sujet de relations internationales le plus mobilisateur au sein de la population française. Depuis la guerre des Six-Jours, s’est développée une mouvance pro-palestinienne qui tente d’influer sur la politique étrangère de la France. D’importantes manifestations ont lieu à chaque flambée de violences au Proche-Orient. Ce fut le cas dans la période qui a suivi l’attaque du 7 octobre 2023. De nombreux sondages ont montré, depuis longtemps, le soutien d’une majorité de Français à la création d’un Etat palestinien. Emmanuel Macron a-t-il fini par céder à l’opinion en reconnaissant l’Etat palestinien en septembre 2025 ? Ce n’est en réalité pas si simple. D’une part, le président de la République a avancé d’autres arguments pour justifier cette reconnaissance. D’autre part, au moment où la France a annoncé vouloir procéder à la reconnaissance – alors que la guerre à Gaza faisait rage et que des Israéliens étaient encore otages du Hamas –, un sondage montrait que seuls 22% des Français soutenaient une reconnaissance immédiate et sans condition.
Un dernier exemple mérite d’être évoqué : celui de l’opposition de la France à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. La perspective de cet accord avait provoqué des manifestations d’agriculteurs et suscité une large opposition de la population française. La position d’Emmanuel Macron a semblé fluctuer. Il a cherché à négocier un accord plus favorable, et a obtenu des avancées. Toutefois, en janvier 2026, il a décidé de voter contre la signature, évoquant un « rejet politique unanime », à l’Assemblée nationale comme au Sénat. En l’occurrence, le président français a-t-il cédé à son opinion publique ? Lui seul pourrait le confirmer.
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