Psychologie et désir dans les relations internationales
Dans cet entretien, Thomas Gomart, directeur de l'Ifri, présente les thèses de son ouvrage Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de force mondiaux paru aux éditions Tallandier et défend une approche renouvelée de l'analyse géopolitique.
Réincarner l'analyse des rapports de force
S'inscrivant dans la lignée d'historiens comme Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, Thomas Gomart plaide pour une réintégration de la psychologie des dirigeants dans la compréhension des relations internationales. La stratégie, conçue comme une dialectique des volontés, ne peut se passer de cette dimension humaine. L'auteur privilégie ainsi l'étude de la relation Xi Jinping-Narendra Modi pour illustrer le déplacement du centre de gravité de la mondialisation vers l'Asie.
Les États-Unis : vers une forme de kleptocratie
Thomas Gomart porte un regard critique sur l'évolution du système politique américain sous l'administration Trump, qu'il qualifie de kleptocratie caractérisée par un fonctionnement clanique et l'instrumentalisation de l'appareil d'État à des fins d'enrichissement personnel. Il forge le concept de « Doctrine Don-roe » pour décrire une reconfiguration des alliances où la protection américaine devient conditionnelle et monnayable.
L'Europe face à un triple retard
Selon le directeur de l'Ifri, l'Union européenne accuse un retard structurel sur trois plans :
- Commercial et industriel : persistance d'une approche multilatérale alors que ses concurrents pratiquent un nationalisme économique assumé.
- Militaire : sous-estimation de la transformation de la guerre révélée par le conflit ukrainien et retard technologique.
- Cognitif et numérique : incompréhension des nouveaux espaces de manœuvre créés par la fusion des sphères médiatique, diplomatique et numérique
Le triptyque : Guerre, Commerce et Désir
L'ouvrage s'articule autour de trois dimensions inspirées par Benjamin Constant. Au-delà de la guerre et du commerce, Thomas Gomart souligne l'importance du désir, la capacité à formuler une vision du monde et un horizon politique. Cette dimension immatérielle distingue certains dirigeants (Poutine, Xi Jinping, Modi) et fait défaut à l'Europe. L'opposition entre le GIEC et Fox News illustre la tension contemporaine entre discours scientifique et narratifs médiatiques dans la construction du réel.
Silicon Valley et Vatican : deux visions du monde
L'entretien aborde également la montée en puissance de la pensée géopolitique de la Silicon Valley, portée par des figures comme Peter Thiel et Elon Musk. Ces derniers développent une vision post-démocratique mêlant suprématie technologique et références à un catholicisme identitaire. Face à cette influence, le Pape François incarnait une opposition institutionnelle forte, s'appuyant sur le dynamisme du catholicisme du Sud global.
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