Gaz et pétrole, quand la planète s’affole. Asie du Sud-Est, le coût de la panne
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février 2026, le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran révèle la dépendance de l'Asie du Sud-Est aux hydrocarbures du Golfe. Face à la crise, les gouvernements prennent des mesures d'urgence alors que le risque de tensions sociales augmente.
Avec:
- Éric Mottet, , Directeur de recherche à la Chaire de recherche en études indo-pacifiques de l'Université de Laval
- Juliette Loesch, Chercheuse associée au Centre Asie de l'Ifri
- Thibault Michel, chercheur au Centre énergie et climat de l'Ifri
Longues files d’attente devant les stations-service, baisse de production dans certaines usines, impact sur l’agriculture, état d’urgence énergétique décrété aux Philippines… En Asie du Sud-Est, les premiers effets du blocage du détroit d’Ormuz se font sentir et rappellent à quel point la région demeure dépendante des hydrocarbures du Golfe. Près de 90 % du gaz naturel liquéfié (GNL) et plus de 80 % du pétrole qui transitent par Ormuz sont destinés à l’Asie, dont une part importante alimente les économies de l’ASEAN.
Des mesures pour limiter les conséquences de la crise énergétique
Face à l’urgence, les gouvernements multiplient les mesures : circulation alternée en Birmanie, semaine de quatre jours pour les fonctionnaires philippins, incitation au vélo et au covoiturage au Vietnam. En Thaïlande, la climatisation des bâtiments ne peut plus descendre sous les 26 °C.
Les conséquences économiques de la crise énergétique pourraient être lourdes. L’Indonésie, la Malaisie ou la Thaïlande dépensent déjà massivement pour maintenir des prix soutenables. [...]
Disparités régionales
La crise révèle aussi les disparités régionales. Le Japon et la Corée du Sud disposent de mois de réserves stratégiques. La Chine, bien qu’encore très dépendante du Golfe, a diversifié depuis longtemps ses approvisionnements et investi massivement dans les renouvelables, ce qui lui donne une marge de manœuvre plus large. À l’inverse, les pays de l’ASEAN ont des économies fragilisées et une transition énergétique bien moins avancée.
Reste une question centrale : comment réduire cette dépendance ? L’Asie du Sud‑Est dispose d’un fort potentiel solaire et éolien offshore, mais les financements manquent, et ces alternatives ne suffisent pas à répondre à une demande tirée par l’industrie manufacturière et électronique. Le blocage du détroit d’Ormuz pousse déjà certains pays à augmenter leur production d’électricité à partir du charbon et à envisager le recours au nucléaire.
Comment les différents pays de la région sont-ils touchés et quelles politiques mettent-ils en place pour limiter les dégâts ? Quelles pourraient être les conséquences économiques, sociales et politiques à court et moyen terme ? Les pays d’Asie du Sud-Est cherchent-ils à sortir de leur dépendance aux hydrocarbures ?
Julie Gacon s'entretient avec Éric Mottet et Juliette Loesch.
Focus – Face à la flambée du pétrole, l’Indonésie veut intensifier l’usage du biodiesel à base d’huile de palme
Avec Thibault Michel, chercheur au Centre énergie et climat de l'Ifri.
L’Indonésie, premier producteur mondial d’huile de palme, envisage de relancer le biocarburant B50, composé pour moitié de biodiesel d’huile de palme. Cette annonce marque un changement notable, quinze ans après le moratoire de 2011 sur l’expansion des plantations. La flambée des prix du pétrole rend cette option plus séduisante, malgré les impacts bien documentés de cette culture sur l’environnement, la sécurité alimentaire et les droits humains.
> Réécouter l'émission sur le site de France culture.
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