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Iran : comment le régime parvient à se maintenir

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interrogée par Matthieu Noël pour

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Malgré la mort du Guide suprême dès le début du conflit, le régime iranien menace toujours la circulation dans le détroit d’Ormuz. L’Iran est-il prêt à une confrontation longue ? Héloïse Fayet, chercheuse à l’Ifri, répond.

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La guerre en Iran entre dans sa troisième semaine, et le régime de Téhéran continue de riposter malgré les bombardements. Héloïse Fayet, chercheuse à l'Ifri (Institut français des relations internationales) et spécialiste de la dissuasion nucléaire et des forces armées au Moyen-Orient, revient sur la capacité de résistance iranienne, les effets des éliminations ciblées et les perspectives d'évolution du conflit.

Trump étonné de la riposte iranienne

Donald Trump a affiché son étonnement face à l'ampleur de la riposte iranienne. "L'Iran n'a surpris personne, à part lui, en tout cas personne de compétent qui s'intéresse à la région", commente Héloïse Fayet. La chercheuse rappelle que l'Iran avait explicitement prévenu, après les échanges de tirs avec Israël en 2024 et 2025, que toute nouvelle attaque contre son territoire déclencherait "une réplique de très grande ampleur", visant non seulement Israël, mais aussi les infrastructures des pays du Golfe.

Quant à l'argument de Trump justifiant l'offensive par l'imminence d'une bombe atomique iranienne, Héloïse Fayet le balaie : "C'est faux." Elle cite le rapport annuel interservices américain publié par la directrice du renseignement Tulsi Gabbard, qui confirme que l'Iran ne se trouvait pas à quelques semaines de disposer de l'arme nucléaire, même si son programme reste "trop avancé pour être strictement civil".

Un régime fragilisé mais pas à genoux

Israël a annoncé l'élimination du chef de la sécurité iranienne Ali Larijani et du commandant de la milice Bassidj, Gholamreza Soleimani, deux figures majeures du régime. Pour Héloïse Fayet, ces opérations témoignent d'"une capacité de renseignement toujours impressionnante" de la part d'Israël, mais leur effet sur la stabilité du régime reste incertain. "Soit ça peut fragiliser le régime de l'intérieur et précipiter sa chute, soit ça peut aussi radicaliser encore plus le régime."

Dans les rues iraniennes, la vie reste "relativement normale" selon les informations disponibles, rapporte-t-elle. "Des cafés, des restaurants, des stations-service sont ouverts, mais il n'y a aucune manifestation contre le régime, parce que les Iraniens ont été traumatisés par l'ampleur de la répression début janvier et qu'il y a encore des bombardements plusieurs fois par jour." L'espoir américain de "précipiter les Iraniens dans la rue" pour provoquer un soulèvement populaire "n'est pas encore le cas aujourd'hui."

Une guerre d'usure possible

Sur le plan militaire, l'Iran maintient un rythme stable de tirs – environ une vingtaine de missiles et une cinquantaine de drones par jour selon Héloïse Fayet – grâce à une organisation décentralisée anticipée de longue date. "Ils avaient prévu le coup" : face à l'approche de l'"armada américaine", Téhéran a accordé "beaucoup plus de liberté de mouvement à des commandements militaires régionaux, voire locaux, pour conduire la riposte". Quant au stock de missiles iraniens, évalué à environ 2 000 unités au début du conflit, il semble se reconstituer malgré les destructions, observe Héloïse Fayet, qui souligne l'opacité des capacités réelles du pays.

La chercheuse identifie d'autres leviers de nuisance : le minage du détroit d'Ormuz, les attaques de milices chiites en Irak - qui ont déjà causé la mort d'un soldat français - et le risque d'actions terroristes dans la région, voire en Europe. Elle souligne enfin un facteur clé de la résilience du régime : ses dirigeants n'ont pratiquement aucune échappatoire. "Les pistes de sortie pour les officiels du régime ne sont pas très diversifiées", résume Héloïse Fayet. "Ils peuvent aller en Chine, mais ce n'est pas certain que la Chine les accueille. La Corée du Nord : je pense que même eux ne sont pas tentés. La Russie : le risque de chute d'une fenêtre avec les mains attachées dans le dos est quand même assez élevé. Et ils ne peuvent plus aller en Syrie non plus depuis la chute du régime de Bachar el-Assad. Donc il y a une dimension très jusqu'au-boutiste au sein du régime iranien."

 

>> Retrouvez le podcast en intégralité sur le site de Radio France.
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Matthieu Noël

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Héloïse FAYET

Héloïse FAYET

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Chercheuse, responsable du programme dissuasion et prolifération, Centre des études de sécurité de l'Ifri