Le nucléaire israélien est-il un sujet tabou ?
Samedi 21 mars 2026, un missile balistique iranien a frappé un quartier résidentiel de Dimona, en Israël. Le bilan s'élève à des dizaines de blessés. Au-delà de l'attaque, l'Iran met en garde le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, et souligne sa capacité à frapper le programme nucléaire israélien.
Pourquoi parle-t-on si peu du programme nucléaire israélien ? Ce sujet est-il tabou, pour Israël comme pour ses alliés ? Pourquoi ? Et quel rôle la composante, la dissuasion nucléaire peut-elle jouer dans le conflit qui a cours au Moyen-Orient ?
Lova Rinel analyse d'abord le tabou qui entoure le programme nucléaire israélien et sur la façon dont ce tabou sert. [...] A ce sujet, Amélie Férey complète : "Ce tabou sur la possession ou non de l'arme nucléaire par Israël, s'est un peu érodé au fil du temps. On a quand même une évolution dans la rhétorique israélienne : on ne confirme pas, mais on n'infirme pas non plus. On préserve une ambiguïté stratégique. Officiellement, la position du gouvernement, c'est de dire qu'Israël ne sera pas le premier à introduire une arme nucléaire au Moyen-Orient. Tout l'enjeu, la subtilité et l'intérêt intellectuel du langage de la dissuasion, est autour de la question "qu'est-ce que veut dire introduire ?" Introduire, ça veut dire reconnaître publiquement avoir l'arme, ou faire un test qui démontrerait de capacité. Cela ne veut pas dire posséder, fabriquer, utiliser".
La frappe sur Dimona, signal fort envoyé à Israël ?
Lova Rinel tente ensuite d'analyser le sens de l'attaque sur Dimona. [...] Amélie Férey précise : "Il y a eu un progrès dans le ciblage iranien. On a tendance en Occident à sous-estimer nos ennemis, alors qu'ils ont une capacité de ciblage impressionnante. Lors de la guerre des Douze jours, ils avaient déjà ciblé une des bases qui abrite potentiellement la composante aéroportée de la posture nucléaire israélienne. (...) Il y a des bases où vous avez des vecteurs nucléaires aéroportés, des bases où vous avez des vecteurs nucléaires qui sont à l'assignation des sous-marins, et vous avez Dimona, où vous avez un réacteur nucléaire, et potentiellement, un arsenal de têtes nucléaires".
Comprendre l'instrumentalisation du nucléaire en Israël
Selon Amélie Férey, le nucléaire permet à Israël de sanctuariser leur territoire : "ils se disent que même si au niveau conventionnel ils sont dépassés, ils ont quand même la garantie du nucléaire. Ils ne peuvent pas admettre au niveau stratégique qu'il y ait un autre État qui ait l'arme nucléaire parce que dans ce cas-là cela égaliserait leur posture stratégique. Cela veut dire que l'Iran, pourrait dans 10, 20 ou 30 ans, amener une coalition de pays arabes autour de lui et lancer une opération conjointe où Israël n'aurait pas la possibilité d'utiliser cette guerre anti-nucléaire parce que l'Iran serait aussi dotée du nucléaire. (...) Israël, dès les années 50, a pris toutes les mesures nécessaires pour éliminer tout programme nucléaire dans la région. (...) Par rapport au droit international, la justification d'Israël est de dire que c'est pas préventif, mais c'est préemptif. Dire que si c'est préventif, c'est dire "vous allez m'attaquer, je le sens, je le sais, et donc je vous attaque". Si c'est préemptif, cela veut dire qu'il n'y a pas besoin d'attendre pour agir."
Avec :
- Amélie Ferey, politiste, responsable du Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l'Ifri ;
Lova Rinel, chercheuse spécialiste de dissuasion nucléaire et stratégique.
>> Retrouvez les échanges en intégralité sur le site de Radio France.
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