Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

L’agenda 2015 de la gouvernance de l’internet : trois questions à Françoise Massit-Folléa

Éditoriaux
|
Date de publication
|
Accroche

2014 a été une année chargée pour la gouvernance de l’internet, avec la conférence NETmundial en avril dernier et l’annonce de la fin de la tutelle américaine sur la fonction IANA, qui assure la gestion des adresses IP. Quels grands événements vont rythmer 2015 ? Et quelles seront selon vous les questions prioritaires ?

Corps analyses

L’année à venir est riche en rendez-vous importants :

- En décembre 2015 à New York, se tiendra la réunion « SMSI+10 » à l’ONU. Il s’agira de mesurer les avancées de l’Agenda de Tunis, dans un cadre intergouvernemental qui a pas mal bougé depuis le dernier Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) de 2005.

- À la mi-novembre, aura lieu au Brésil la 10e réunion du Forum multipartite sur la gouvernance de l’internet (IGF). Sa mission sera-t-elle renouvelée après deux périodes de 5 ans ?

- En mai, se tiendra la réunion de l’Internet Governance Council Working Group de l’Union internationale des télécommunications (UIT), une agence des Nations unies, dont les missions doivent faire l’objet d’une réforme. Les lignes de force entre États pro-ICANN (société qui assure la gestion du système de noms de domaine) et États pro-IUT ont-elles bougé depuis la conférence houleuse de Dubaï en 2012 ? Réponse en novembre 2015, lors de la nouvelle Conférence mondiale de l’UIT.

- Septembre est la date théoriquement fixée pour la fin de la supervision du gouvernement des États-Unis sur la fonction IANA, censée assurer « l’émancipation » de l’ICANN dans un cadre international non gouvernemental. Le Congrès américain reste très partagé sur la question.

- Après Davos en janvier, la NETmundial Initiative (Forum économique mondial + ICANN + gouvernement brésilien), qui essaie de surfer sur les acquis de la réunion multi-acteurs de São Paulo de mai 2014, tiendra fin mars la première réunion de son Comité de coordination.

- Une coalition dissidente de la société civile entend organiser un Internet Social Forum, lié quant à lui au Forum Social Mondial qui doit se tenir en Tunisie en 2015.

L’apaisement n’est pas à l’ordre du jour !

Après les attentats de Paris, le ministre de l’Intérieur a déclaré qu’il voulait « responsabiliser les acteurs de l’Internet ». Pensez-vous que la question du terrorisme puisse influencer les débats sur la gouvernance de l’internet ?

Oui bien sûr, tout comme les révélations de Snowden sur la surveillance mondiale exercée par la NSA. Le diptyque liberté-sécurité révèle la reprise en main par les États d’un sujet qui était jusqu’à peu essentiellement orienté par le marché. Dans ce contexte, la difficulté majeure consiste à éviter la mise en place de mesures disproportionnées et non garanties par le pouvoir judiciaire. Quand on dit « responsabiliser les acteurs », cela peut signifier demander à des entreprises, dont ce n’est pas le rôle, de faire le gendarme, par exemple en exigeant des fournisseurs d’accès qu’ils suppriment, sur simple demande des autorités politiques, des contenus considérés comme illicites ou dangereux avant même qu’ils soient jugés illégaux.

Quelles sont les spécificités de l’approche « multi-parties prenantes » de la gouvernance de l’internet et que préconisez-vous pour résoudre, ou du moins minimiser, les difficultés posées par ce modèle ?

Le modèle « multistakeholder », où les États ne sont que des acteurs parmi d’autres, est participatif mais non pluraliste : il recherche le consensus par la simple juxtaposition de groupes d’intérêts partisans ; il ne redistribue pas le pouvoir de décision au-delà des cercles habituels. Par ailleurs, il envisage l’internet et sa gouvernance comme un enjeu global alors que l’autorégulation des experts qui créent les standards de l’internet, les « conditions d’utilisation » mouvantes des plateformes de réseaux sociaux ou de vente en ligne, les différentes approches législatives du copyright, les accords commerciaux opaques entre opérateurs de télécommunications, les divergences culturelles sur la liberté d’expression ou la licéité de l’appropriation d’un nom de domaine, entre autres exemples, relèvent d’instances et d’exigences multiples. Il est besoin de mieux les articuler aux niveaux local, national ou international pour assurer une gestion démocratique des normes techniques, des infrastructures, des contenus et des usages de l’internet dans le respect des libertés fondamentales.

Françoise Massit-Folléa est l'auteure de l’article « Internet et les errances du multistakeholderism » paru dans le numéro d’hiver 2014-2015 de Politique étrangère. Cet article a été originellement publié sur le blog de la revue : http://politique-etrangere.com.

 

Decoration

Contenu disponible en :

Régions et thématiques

Partager

Decoration
Auteur(s)
Image principale
Arme Robot Authentique Moderne De Haute Technologie
Centre géopolitique des technologies
Accroche centre

Intelligence artificielle (IA), 5G, cybersécurité, robotique, semi-conducteurs, spatial… Les technologies, notamment numériques, affectent aujourd’hui profondément l’ensemble des activités humaines et, par extension, des relations internationales. Les enjeux politiques, stratégiques, économiques et sociaux qui en découlent se manifestent à des échelles politiques multiples où se mêlent États, organisations internationales et entreprises privées. Les dynamiques de concurrence et de coopération internationales s’en trouvent transformées. C’est pour répondre à ces enjeux que l’Ifri a lancé en 2020 le Centre géopolitique des technologies, proposant une approche résolument européenne des enjeux internationaux liés aux technologies dites critiques.

Image principale

Mobilité des chercheurs et restrictions américaines. Un levier pour la recherche technologique française

Date de publication
22 janvier 2026
Accroche

Une atteinte sans précédent à la liberté académique est observée aux États-Unis, sous l’impulsion de l’administration Trump, affectant simultanément les universités, les agences fédérales et les étudiants internationaux. La France et l'Europe sauront-elles en faire une chance pour attirer et retenir les talents de la tech sur leur territoire ?

Emma BADAOUI

Le robot est-il un adversaire comme un autre ?

Date de publication
20 novembre 2025
Accroche

Chapitre d'ouvrage rédigé par Laure de Roucy-Rochegonde, paru dans l'essai "Jamais sans mon ennemi?" de Gallimard (2025).

Image principale

L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ?

Date de publication
16 décembre 2025
Accroche

Affirmer que l’intelligence artificielle générative (IA) est en proie à une bulle relève aujourd’hui du lieu commun. Les valorisations boursières stratosphériques des entreprises du secteur, dont la rentabilité demeure un horizon lointain et plus qu’incertain, peuvent suffire à s’en convaincre. Toutefois, le véritable enjeu est moins de nature économique que politique, à mesure que les choix opérés par une minorité s’imposent à nos sociétés, dans un contexte géopolitique encourageant de fait un développement technologique débridé. 

Comment citer cette étude ?

L’agenda 2015 de la gouvernance de l’internet : trois questions à Françoise Massit-Folléa, de L'Ifri par
Copier