04
juin
2021
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Sahel: l’avenir de Barkhane en suspens

La France a annoncé la suspension « provisoire » des opérations conjointes avec les forces maliennes.

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L’avenir de Barkhane est plus incertain que jamais. L’intervention française au Sahel, qui mobilise plus de 5000 soldats, a suspendu jeudi soir ses opérations conjointes avec les forces maliennes de façon « conservatoire et provisoire ». Avec ce coup de semonce, Paris espère contraindre la junte militaire, qui a repris le pouvoir à Bamako, de renouer avec un processus de transition démocratique. Fin mai, le colonel Goïta, qui avait déjà conduit le putsch d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, s’est fait nommer président du Mali. Il sera investi lundi. Après la mort d’Idriss Déby au Tchad et le soutien français au pouvoir militaire tchadien, Assimi Goïta a sans doute pensé pouvoir pousser son avantage.

Après une condamnation internationale minimale, le gouvernement français a décidé de hausser le ton. La France demande des « garanties » sur les élections promises en 2022 au Mali. Paris met aussi en garde contre l’influence croissante du Mouvement du 5 juin mené par l’imam Dicko. La junte s’appuie sur lui. Le M5 a appelé à un rassemblement vendredi à Bamako en réaction aux décisions françaises.

Paris veut des gages pour maintenir une intervention longue et épuisante pour les armées. Choguel Kokalla Maïga, pressenti pour devenir le premier ministre de la transition malienne, a assuré vendredi que son pays respectera « ses engagements internationaux ». Mais le pouvoir malien n’aura que quelques jours pour rectifier le tir. Un Conseil de défense est prévu à l’Élysée le 9 juin pour décider de la feuille de route de l’opération Barkhane. La tenue d’un sommet de la coalition, à la fin du mois ou début juillet, est toujours envisagée. Ces échéances pourraient marquer, si ce n’est la fin de l’intervention, une inflexion profonde. Pour l’instant, les forces françaises poursuivent leurs opérations en solo contre les djihadistes. Mais le sens de Barkhane consistait à faire « monter en puissance » les armées locales. Sans coopération, l’opération change de nature.

Depuis plusieurs mois, l’idée d’une réduction des effectifs de Barkhane est envisagée à l’Élysée pour sortir du piège sahélien et d’une crise sans fin

« Nous ne pouvons pas rester en partenariat avec une armée qui ne respecte pas le jeu démocratique », explique le député (Agir Ensemble) Thomas Gassilloud, qui suit de près les affaires maliennes. Depuis plusieurs mois, l’idée d’une réduction des effectifs de Barkhane est envisagée à l’Élysée pour sortir du piège sahélien et d’une crise sans fin. En début d’année, sous la pression de ses partenaires, la France avait temporisé. La crainte d’une déstabilisation était trop forte. Le contexte a changé.

« Le désaccord politique constitue peut-être une opportunité pour Paris d’annoncer une réduction de l’opération », estime Elie Tenenbaum, spécialiste du Sahel à l’Ifri.

« La France a choisi la confrontation avec Assimi Goïta », poursuit-il. « Il sera compliqué pour Bamako de tenir sans l’appui de la France face aux groupes djihadistes. Dans le nord du pays, la présence des Forces armées maliennes est en partie factice. Peuvent-elles tenir les villes ? », s’interroge-t-il. Paris devra trancher le dilemme sécuritaire.

« Le début de la fin »

« Nous ne pouvions pas rester sans réagir » après le coup de fin mai, estime l’historien militaire Michel Goya. « La France est déjà suffisamment accusée de soutenir des régimes illégitimes », ajoute-t-il. Les partenaires européens de la France y sont particulièrement sensibles. Les opérations de Takuba, la task force européenne d’accompagnement au combat des Maliens, ont aussi été suspendues. « C’est peut-être le début de la fin pour Barkhane. Ou le début d’une transformation », poursuit Michel Goya en rappelant que les bases aériennes françaises au Sahel ne se trouvent pas au Mali. La France, dont l’aviation inflige déjà les trois quarts des pertes ennemies, pourrait conserver une capacité d’action. « La France pourrait toujours empêcher un raid des djihadistes comme celui de 2013 », dit-il.

Si le bilan de Barkhane est amer sur le plan politique, il n’est pas totalement négatif sur le plan militaire.

 

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