Homeland : une série de l'ère Obama
Potomac Papers, n° 21, septembre 2014
Accueillie comme l'une des meilleures séries télévisées du moment, Homeland revient avec une quatrième saison à partir de la semaine prochaine. La série était à l'origine conçue pour rompre avec la politique étrangère trop lisse de l'administration Bush. Mais Homeland est malheureusement en train de devenir le miroir de la politique étrangère du président Obama, elle-même plutôt décevante jusqu'à présent. Que nous apporteront donc les nouveaux épisodes ?
Les séries télévisées sont devenues au cours des décennies un genre à part entière. Depuis les années 2000, elles sont de plus en plus souvent considérées comme des objets culturels de référence.
Thriller psychologique sur fond de CIA et de syndrome de Stockholm, la série Homeland, qui a débuté en 2011, lance sa quatrième saison en octobre 2014. Son succès coïncide avec la mise en oeuvre d’une nouvelle attitude des États-Unis sur la scène internationale, sous l’égide de la présidence Obama. Comment la série interprète-t-elle cette nouvelle politique étrangère ?
Le discours tenu par les auteurs de la série a paru dans un premier temps épouser les idées du président Obama, illustrant notamment le refus des interventions militaires à l’étranger et d’une vision manichéenne de l’islam. Mais le récit s’est transformé en une lecture critique et subversive de l’usage des drones et de la manipulation des individus par les services secrets, condamnant au passage les pratiques de l’administration Obama. Le doute, élément omniprésent dans le récit de la série Homeland, apparaît alors comme un reflet du doute que l’Amérique continue à entretenir sur elle-même aujourd’hui.
Cependant, la portée des reproches esquissés est bien vite atténuée et Homeland retourne au fil des épisodes aux clichés qui confortent les préjugés du spectateur américain : la paranoïa comme moteur exclusif du récit, la figure des méchants redevenue univoque et sans finesse. Le rôle des images dans la série, au départ très intéressante, perd également toute subtilité. Après avoir donné l’impression de se livrer à une critique de l’Amérique de George W. Bush (grâce à Barack Obama), puis à une critique de l’Amérique d’Obama elle-même, la série reste finalement prudente et conventionnelle, parfois conservatrice, aussi bien dans sa forme que dans son propos.
En dernière analyse, la série Homeland peut donc être vue comme l’exact reflet des déceptions suscitées jusqu’à présent par la politique étrangère du président Obama.
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