Le secteur agricole en Inde : quelles mutations ?
Le secteur agricole en Inde est à la fois en profonde mutation et sujet à de sérieuses fragilités. De fait, alors qu’il emploie aujourd’hui encore la moitié de la population active indienne, son taux de croissance est à la traîne par rapport au reste de l’économie et sa contribution au PIB diminue de manière lente mais constante depuis les années 1990.
L’héritage de la révolution verte explique dans une large mesure cet état de fait. L’intervention publique a traditionnellement eu une influence déterminante sur le développement de l’ensemble du secteur, notamment par l’intermédiaire d’une politique active de soutien des prix. Toutefois cette modernisation agricole est loin d’avoir promu un développement homogène, l’introduction des techniques de la révolution verte ayant au contraire accentué les disparités au niveau régional et entre groupes sociaux. Par ailleurs si le retrait graduel de l’Etat depuis les années 1990 a permis l’inclusion croissante de l’économie rurale aux dynamiques de marché, il s’est avant tout accompagné d’un essoufflement de la production.
Aujourd’hui, le secteur agricole indien ne se caractérise pas par un modèle commun, mais au contraire, par la diversité des situations rencontrées à travers le pays. Certaines catégories d’exploitants, plutôt privilégiés, ont par exemple opté pour des cultures à forte valeur ajoutée, qui ont stimulé les exportations agricoles indiennes. Mais, à côté de cette agriculture dynamique et prospère, la majeure partie du secteur est en difficulté en raison notamment de la faible viabilité des exploitations (plus de 80% d’entre elles ont une surface inférieure à deux hectares). L’un des principaux enjeux pour les autorités publiques est donc de soutenir les petits exploitants, d’abord en améliorant leur accès au crédit institutionnel et en les sortant de la spirale de l’endettement, ensuite en renforçant leur pouvoir de négociation sur les marchés, enfin, en améliorant les infrastructures rurales dans leur ensemble. Au-delà du seul engagement public, c’est la complémentarité entre les investissements publics et privé qui est la mieux à même de stimuler le secteur agricole et de lutter contre la pauvreté et les inégalités en milieu rural.
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