Discours de Fabien Mandon, chef d'état-major des Armées, à la Conférence Navale de Paris 2026
Allocution du général d'armée aérienne Fabien Mandon, chef d'état-major des Armées, à l'occasion de la Conférence navale de Paris 2026 organisée par l'Institut français des relations internationales et la Marine nationale.
1. Les missions fondamentales et économiques de la Marine
Le général Mandon souligne que la Marine est le premier rempart de la souveraineté nationale, le milieu marin étant la première frontière franchie pour les puissances maritimes. Au-delà de la souveraineté, elle assure la protection de l'économie mondiale, puisque 80 à 90 % des flux vitaux transitent par la mer.
- Sécurisation des flux : L'intensité des routes maritimes est telle que toute perturbation, comme les tirs en mer Rouge, force une réorganisation mondiale des flux (ex: contournement par l'Afrique).
- Guerre économique : La Marine participe à des actions ciblées, comme l'initiative Cleaners avec le Royaume-Uni contre le trafic illégal de pétrole russe, visant à contraindre la Russie aux négociations en asséchant son économie de guerre.
- Économie numérique : Elle joue un rôle crucial dans la sécurisation des câbles sous-marins, essentiels à la circulation des données dans nos sociétés numérisées.
- Logistique militaire : Pour le chef d'état-major, la mer est l'unique voie permettant d'acheminer les volumes nécessaires aux opérations militaires d'envergure, bien au-delà des capacités aériennes.
2. Un outil diplomatique et de renseignement global
La Marine possède une culture du renseignement et de la compréhension globale grâce à son déploiement permanent et ses senseurs.
Compréhension des crises : En Méditerranée orientale, la présence navale permet de décrypter la réalité des tensions (Israël, Gaza, Iran) au-delà des effets d'annonce.
Signal politique : Le déploiement de forces navales est un élément de la « grammaire diplomatique ». Le général cite l'exemple de la pression américaine sur l'Iran et l'annonce française du nouveau porte-avions comme des signaux forts de détermination et de puissance mondiale.
3. Le retour de l'affrontement et de la haute intensité
Le constat est marqué par la fin d'une période de paix et le retour de la perspective de la guerre.
- Contrôle des espaces : Il est devenu impératif de contrôler les détroits et les accès maritimes. L'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'OTAN a, par exemple, transformé la Baltique en une mer pouvant être fermée à la Russie.
- Besoin de létalité et de masse : Face à la perspective de combats navals directs, le général Mandon appelle à augmenter la létalité (plus de missiles à bord, portées renforcées) et le nombre de bâtiments (frégates, sous-marins). Il affirme que « la quantité compte » car le combat en mer n'est pas un « sport de masse ».
4. Défis technologiques et menaces asymétriques
Le milieu marin fait face à des transformations majeures :
- Transparence du champ de bataille : Les travaux de la Chine et les avancées dans le domaine du quantique, du spatial et de l'acoustique menacent de rendre les océans « transparents ».
- Dronisation et asymétrie : Les succès ukrainiens contre la flotte russe et les actions des Houthis montrent que des acteurs non-étatiques ou des nations sans grande tradition navale peuvent contester la liberté de manœuvre grâce aux drones et aux menaces dormantes.
- Connectivité et IA : La Marine doit intégrer massivement l'intelligence artificielle pour traiter les données et conserver l'initiative, tout en renforçant sa protection cyber.
5. L'humain : l'invariant du combat naval
Malgré la technologie, la force première de la Marine reste ses marins. Le milieu marin demeure hostile et physiquement exigeant. Le général insiste sur la nécessité de cultiver la force morale et la cohésion des équipages, dont la taille est de plus en plus réduite, pour motiver les jeunes à s'engager dans un métier extraordinaire où le risque (torpilles, drones) est permanent.
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