Une conversation avec Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis
Dans un débat exceptionnel avec Thierry de Montbrial, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, partage son analyse de la guerre en cours avec Iran au Moyen-Orient.
Dans un débat exceptionnel avec Thierry de Montbrial, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, partage son analyse de la guerre en cours avec Iran au Moyen-Orient.
De nombreuses crises ayant affecté la région du Golfe ont également eu des répercussions sur des dynamiques régionales plus larges. Les tentatives diplomatiques, comme les confrontations militaires, n’ont pas été concluantes.
Après 15 années de crises récurrentes, nous avons été témoins de l’une des confrontations les plus graves. Les Émirats arabes unis ont œuvré sérieusement pour traiter ces défis par la voie diplomatique. Nous avons constamment soutenu que la diplomatie est la voie à suivre.
La stratégie de l’Iran a consisté à élargir le conflit, avec très peu de considération pour ses relations à long terme dans la région. À long terme, cela affectera sa position et son rôle régionaux. Il est très clair pour nous et pour nos pays voisins que l’Iran représente une menace durable.
La nature de cette menace dépend également du caractère des relations bilatérales et régionales.
L’attaque contre l’Iran était une opération américano-israélienne, mais l’Iran a choisi d’élargir le conflit à d’autres pays, montrant très peu de considération pour ses voisins arabes et pour les liens religieux et culturels plus larges qui unissent la région.
À court terme, le risque immédiat est une situation où l’interprétation iranienne de la victoire — définie comme la survie du régime — et le blocage du détroit d'Ormuz deviennent des conséquences directes de cette posture. Ce calcul peut durer des semaines, mais pas indéfiniment.
Cela doit nous ramener soit au début d’un accord politique, soit à une nouvelle confrontation.
De 1988 à 2026, l’Iran a été sous un régime religieux gouverné par l’autorité de l’Ayatollah. Cette époque, telle que nous la connaissions, ne sera pas recréée. Nous le constatons clairement aujourd’hui.
L’impasse actuelle ne peut pas durer éternellement. Je ne vois pas les négociations réussir sans un véritable retour à la réalité.
Considérations à long terme :
- L’Iran constitue clairement aujourd’hui la menace stratégique, indépendamment des relations diplomatiques. Les pays ayant tenté de maintenir des liens, des relations commerciales ou même de signer des accords stratégiques avec l’Iran ont néanmoins été pris pour cible.
- Cela signifie que la présence des États-Unis dans la région sera plus marquée, et non moins. Cela concerne les équipements, les alliances, la formation ainsi que les approches politiques et diplomatiques. À mon sens, nous avons déjà des preuves de cet engagement américain.
- Je prévois un découplage croissant entre les préoccupations sécuritaires du Golfe et celles d’autres pays arabes, tels que la Syrie, le Liban et l’Égypte.
- Alors que la Syrie, le Liban et l’Égypte continuent de percevoir Israël comme une menace, et malgré la solidarité persistante des pays du Golfe envers la cause palestinienne, de nombreux analystes du Golfe ne considèrent pas Israël comme une menace principale.
- Je pense que ce que nous verrons en Iran sera une version différente de la République islamique. Il s’agira non seulement d’une question de survie du régime, mais aussi de survie économique.
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