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Comment la France mène la lutte contre la flotte fantôme russe

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Marine nationale, préfecture maritime et justice cherchent à entraver le trafic de navires vétustes au service de l’effort de guerre russe.

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Flotte fantome
Le pétrolier « Deyna », soupçonné d'appartenir à la flotte clandestine russe, a été arraisonné par la Marine nationale française et escorté jusqu'au golfe de Fos, fin avril 2026
Denis Thaust/SOPA Images/Shutterstock
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« Nope, not today » (non, pas aujourd’hui). La musique qui accompagne la vidéo publiée par Emmanuel Macron sur ses réseaux sociaux le 25 juin a de quoi surprendre. Ce son coloré accompagne les images prises par les commandos marines français lors de la prise de contrôle du pétrolier Deliver deux jours plus tôt au large de la Sicile.

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C’est le cinquième navire que la Marine nationale intercepte depuis l’arraisonnement du Boracay en septembre 2025. Mais au-delà de l’aspect communicationnel, quels sont les enjeux de ce type d’actions ? Les réponses se trouvent dans une note de l’Ifri (Institut français des relations internationales) intitulée « Lutte contre la flotte fantôme. La France en action ». Son auteur, Guillaume Furgolle, est un officier de la Marine nationale inséré au sein du laboratoire de recherche sur la défense à l’Ifri, qui a notamment commandé un navire chasseur de mines.

3 300 navires

La flotte fantôme représentait fin 2024 10 % de la flotte mondiale de navires de commerce, soit 3 300 navires, rappelle l’auteur de la note, s’appuyant sur les chiffres du site d’intelligence maritime Kpler. Un chiffre qui a sans doute augmenté depuis. Parmi ces navires, 1 140 étaient des pétroliers, soit 18 % de la flotte mondiale de pétroliers, car la vente de pétrole et de gaz représentait environ 40 % des revenus de l’État russe.

Tous ces navires, pour rentrer dans la définition d’appartenance à la flotte fantôme russe, partagent plusieurs critères : liens de propriété opaques, âge avancé et/ou un état général dégradé, couverture inexistante ou insuffisante en matière d’assurance maritime, des pratiques de navigation non réglementaires ou encore une implication dans le transport illicite de marchandises, voire un éventuel contrôle au moins partiel par un État contournant des sanctions internationales.

« L’Union Européenne a ainsi établi une liste de navires sanctionnés, consolidée progressivement, qui compte à ce jour plus de 630 entrées », note Guillaume Furgolle. Ces bâtiments n’ont pas le droit de mouiller dans des ports européens.

Pour la France, lutter contre ces navires recouvre trois enjeux : « entraver le financement de l’effort de guerre russe via la vente de pétrole en contournement des sanctions internationales, contraindre l’utilisation possible de ces navires comme plateformes pour des actions hybrides, et limiter le risque humain et environnemental que constitue la présence dans les approches maritimes françaises de certains de ces navires opérant dans un état bien en deçà des standards de navigation. »

Cinq arraisonnements

Le 27 septembre 2025, la France tapait du poing sur la table en arraisonnant le Boracay au large du golfe de Gascogne, grâce à l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) qui établit le droit de visite d’un navire par un pays tiers s’il existe une conviction raisonnable de l’absence de nationalité valide, et de refus d’obtempérer.

Le navire, suspecté d’avoir servi de plateforme de lancement pour les drones qui ont survolé illégalement l’aéroport de Copenhague, est dérouté vers Saint-Nazaire, où « après plusieurs jours d’enquête et la garde à vue de son capitaine, le navire est autorisé à reprendre la mer. » Le capitaine sera condamné quelques mois plus tard par le tribunal correctionnel de Brest à un an de prison ferme pour « refus d’obtempérer ».

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Les limites d’une stratégie

Cependant ces actions contre la flotte fantôme sont freinées par trois facteurs juge Guillaume Furgolle : « le risque de rétorsion russe, les contraintes matérielles et opérationnelles de l’arraisonnement de navires en haute mer, et la complexité du traitement juridique des cas ».

Ainsi, l’Estonie a tenté d’agir contre le pétrolier Jaguar en mai 2025, mais un chasseur Su-35 a violé l’espace aérien estonien, vraisemblablement à des fins d’intimidation. La Russie a ensuite détenu dans ses eaux territoriales un pétrolier après son appareillage d’un port d’Estonie. L’Estonie n’a plus intenté d’action de ce type depuis.

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De plus, ajoute l’auteur, « il s’avère que la montée à bord d’un navire non coopératif, cas probable dans le cas de la flotte fantôme, demande des moyens très spécialisés (forces spéciales, hélicoptères de manœuvre) et reste une opération à risques, a fortiori en haute mer. Les risques sont notablement accrus si le navire est protégé ou escorté par des moyens militaires ou paramilitaires qui peuvent chercher à entraver l’action. »

Récemment, des mitrailleuses ont ainsi été observées sur l’unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) Maréchal Vassilevski. « Au-delà, le défi plus global que le phénomène de la flotte fantôme pose est appelé à durer, car ses facteurs structurels ne semblent pas près de disparaître », conclut la note de l’Ifri.

>> Retrouvez l'article en intégralité sur le site du Point. 

 

 

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Le Point

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Clément Machecourt

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Guillaume Furgolle

Guillaume FURGOLLE

Intitulé du poste

Officier inséré de la Marine nationale au sein du Laboratoire de recherche sur la défense de l'Ifri

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Le pétrolier « Deyna », soupçonné d'appartenir à la flotte clandestine russe, a été arraisonné par la Marine nationale française et escorté jusqu'au golfe de Fos, fin avril 2026
Denis Thaust/SOPA Images/Shutterstock