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Lutter contre la flotte fantôme. La France en action

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La flotte fantôme, qui représente aujourd’hui 10 % de la flotte mondiale de navires de commerce et continue de croître, est un phénomène structurel alimenté par la surcapacité maritime et la logique de contournement des sanctions internationales, qui met au défi le monde maritime dans son ensemble.

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Des équipes de la Marine nationale arraisonnent le pétrolier Tagor au large de la Bretagne le 31 mai 2026
État-major des armées
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La Russie, plus spécifiquement, a largement recours à des navires « fantômes » pour exporter son pétrole, mais aussi potentiellement dans le cadre de sa campagne hybride déstabilisatrice dirigée contre les pays européens.

À ce titre, la lutte contre la flotte fantôme recouvre trois enjeux pour la France : entraver le financement de l’effort de guerre russe via la vente de pétrole en contournement des sanctions internationales, contraindre l’utilisation possible de ces navires comme plateformes pour des actions hybrides, et limiter le risque humain et environnemental que constitue la présence dans les approches maritimes françaises de certains de ces navires opérant dans un état bien en deçà des standards de navigation.

Après l’électrochoc de l’affaire du possible sabotage d’un câble sous-marin en Baltique par le pétrolier EAGLE S en décembre 2024, la France a adopté une stratégie volontariste d’entrave ciblée, capitalisant sur la performance de son dispositif interministériel d’action de l’État en mer, autour d’actions légales contre des navires-cibles choisis. Cette stratégie s’est matérialisée par l’arraisonnement du BORACAY en septembre 2025, puis plusieurs interceptions ont suivi : GRINCH, DEYNA et TAGOR dernièrement.

Au-delà de l’action purement nationale, la France s’est mobilisée sur le plan politique comme opérationnel pour fédérer ses partenaires européens autour de cette initiative, afin de maximiser la capacité d’entrave vis-à-vis de la Russie. On dénombre à ce jour 14 actions européennes contre des navires de la flotte fantôme depuis avril 2025, ce qui illustre le succès de la démarche et la réelle capacité d’entraînement française en la matière.

Ces actions d’entrave concourent au signalement stratégique vis-à-vis de la Russie, en démontrant la volonté et la capacité des pays européens à se défendre activement, au-delà du champ de la confrontation militaire directe. En outre, les réactions russes à ces actions, qui vont crescendo, montrent que cette « stratégie des 1 000 entailles » commence à porter ses fruits en matière d’atteinte à l’effort de guerre russe et mérite d’être poursuivie.

L’action contre la flotte fantôme est néanmoins freinée par trois facteurs limitants : le risque de rétorsion russe, les contraintes matérielles et opérationnelles de l’arraisonnement de navires en haute mer, et la complexité du traitement juridique des cas, liée à l’application du droit maritime international issu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) et des législations nationales.

Des pistes de réflexion existent toutefois pour aller plus loin dans la lutte contre la flotte fantôme, phénomène par nature supranational. Cela passera vraisemblablement par un renforcement de la coordination européenne, notamment en matière de partage de renseignements, une ventilation intelligente de l’effort entre pays européens plus ou moins exposés aux contre-mesures russes, ou encore le développement par chaque pays européen de son arsenal juridique répressif en la matière. Enfin, à une plus grande échelle, cela supposera l’accentuation de l’effort diplomatique, déjà initié par l’Union européenne (UE), de sensibilisation et de responsabilisation des autres acteurs du monde maritime, notamment les États dont les registres maritimes sont les plus concernés.

En complément, une éventuelle manœuvre de la Russie consistant à transférer massivement les navires fantômes qui œuvrent à son profit sous pavillon russe ou d’un de ses pays partenaires mettrait en confrontation l’objectif stratégique européen d’entrave à l’effort de guerre russe et le principe de respect du droit maritime international. Si elle n’est pas la panacée pour la Russie, cette possibilité mérite néanmoins d’être prise en considération.

Au-delà, la lutte contre la flotte fantôme, qui prend de l’ampleur et porte atteinte plus largement au commerce maritime international légitime, justifie un effort plus global qui dépasse la stratégie européenne ciblée d’entrave à l’effort de guerre russe. Il y a en effet un enjeu majeur à combattre le phénomène à la racine et à l’échelle internationale, dans un monde qui peine à se fédérer autour des grands enjeux internationaux.

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ISBN / ISSN

979-10-373-1246-4

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Lutter contre la flotte fantôme. La France en action

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Guillaume Furgolle

Guillaume FURGOLLE

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Officier inséré de la Marine nationale au sein du Laboratoire de recherche sur la défense de l'Ifri

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Un soldat contemplant un coucher de soleil sur un véhicule blindé de combat d’infanterie
Centre des études de sécurité
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État-major des armées

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Guillaume Furgolle, « Lutter contre la flotte fantôme. La France en action », Notes de l’Ifri, Ifri, juin 2026.

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