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Guerre en Iran : « On pourrait aboutir à une situation de ''ni paix, ni guerre''»

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Et si la guerre en Iran ne se terminait pas vraiment ? Depuis le début des frappes, six paradoxes ont mis à mal les certitudes des stratèges occidentaux, du mythe de la supériorité militaire à l'illusion de la démondialisation, analyse Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri.

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Navire traversant le détroit d'Ormuz
Navire traversant le détroit d'Ormuz
somkanae sawatdinak/Shutterstock.com
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Six paradoxes émergent de la période qui s’est ouverte le 28 février avec le début des frappes américaines et israéliennes en Iran. Premièrement, la sur-anticipation n’est pas un remède infaillible à l’impréparation.

L’exemple le plus flagrant est celui du blocage du détroit d’Ormuz. Ce scénario avait été envisagé à de multiples reprises par les armées de pays occidentaux, les services de renseignement et les think tanks : il avait fait l’objet de notes, d’articles et de wargames. Pourtant, ces anticipations n’ont pas empêché la réalisation de ce scénario. L’hypothèse la plus probable pour expliquer ce premier paradoxe est que Donald Trump n’ait pas pris en compte les mises en garde du Pentagone et de la CIA.

Deuxièmement, la supériorité matérielle et technologique – même écrasante – n’est pas un gage de victoire. Ce constat a été fait de nombreuses fois dans l’histoire, que ce soit dans des guerres interétatiques ou des conflits asymétriques opposant des Etats à des acteurs non-étatiques. Il vaut surtout quand le « faible » est attaqué sur son territoire, y joue sa survie et quand il est motivé par une cause sacrée. On parle alors d’ « asymétrie des volontés ». Pourtant, de puissantes armées continuent à s’engager dans des conflits en sous-estimant la résilience de leurs adversaires. S’il ne faut pas nécessairement admettre la rhétorique iranienne selon laquelle ne pas perdre revient à gagner, on ne peut que constater l’incapacité des Etats-Unis et d’Israël à atteindre par la force les objectifs stratégiques annoncés au début de la guerre.

Un parapluie sécuritaire devenu source d’insécurité

Troisièmement, pour les pays du Golfe qui avaient misé sur la présence de bases américaines pour les protéger, le parapluie sécuritaire américain s’est transformé en source d’insécurité. Les Iraniens ont en effet opté pour une stratégie d’escalade horizontale qui a visé non seulement ces bases, mais surtout des infrastructures civiles. Paradoxalement, certaines monarchies du Golfe ont d’ores et déjà annoncé qu’elles renforceraient leur partenariat avec les Etats-Unis à l’issue de la guerre. Elles chercheront aussi à diversifier leurs coopérations, ce qui créera des opportunités pour la France.

Quatrièmement, si certains pays européens – en particulier la France – ont marqué des points auprès de pays du Golfe en participant à leur défense, ils ont en parallèle créé des frustrations en refusant d’intervenir de vive force pour débloquer Ormuz, une opération très périlleuse qui aurait nécessité des moyens considérables et engendré de nombreuses pertes. La coalition navale menée par la France et le Royaume-Uni agrège potentiellement des capacités militaires importantes, mais la crainte de l’escalade bride leur utilisation. Ainsi, les Européens risquent d’être perçus comme relativement forts du fait de leurs capacités, mais relativement faibles en raison de leur manque de volonté de s’engager avant un cessez-le-feu durable.

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Marc HECKER

Marc HECKER

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Directeur exécutif de l'Ifri, rédacteur en chef de Politique étrangère et chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri

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