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« Il faut faire front face aux menaces qui se précisent », soutient le vice-amiral d’escadre Jean-Louis Lozier face au défi russe

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interrogé par Pierre Coudurier pour

  Le Télégramme 

 
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Le vice-amiral d’escadre (2e section) Jean-Louis Lozier, ancien commandant de sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) et ancien chef de la division des forces nucléaires à l’état-major des armées défend une dissuasion française crédible et ouverte à un dialogue stratégique avec les alliés européens.

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Jean-Louis Lozier, Conseiller au Centre des études de sécurité de l'Ifri
Jean-Louis Lozier, Conseiller au Centre des études de sécurité de l'Ifri
Marine nationale
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À vos yeux, la dissuasion nucléaire française doit-elle se partager en Europe ?
Dans son discours du 2 mars, Emmanuel Macron a réaffirmé les principes fondamentaux de la dissuasion, destinée à protéger les intérêts vitaux de la nation. La décision d’y recourir demeure de la seule responsabilité du président de la République. Ce discours a permis de mieux préciser la dimension européenne de nos intérêts vitaux. Dès 1963, le général de Gaulle affirmait que la force nucléaire française pouvait contribuer à la protection de nos alliés. Une vision pas toujours pleinement comprise, à l’exception notable du Royaume-Uni. Londres et Paris s’accordent à dire qu’il n’existe pas de menace extrême contre l’Europe ne méritant pas de réponse. L’axe franco-britannique est donc très fort. Le concept de dissuasion avancée proposé par le Président aux partenaires européens qui le souhaitent, notamment l’Allemagne, la Pologne ou la Suède, permettra d’engager des dialogues stratégiques bilatéraux avec la France. Il serait en particulier envisagé de déployer de façon circonstancielle des forces aériennes stratégiques françaises sur le territoire de ces pays. Un signal politique et stratégique extrêmement fort.

Cela veut-il dire que nous devons être prêts à sacrifier Paris pour Varsovie ?
La définition de nos intérêts vitaux, en cas de crise, relève uniquement du président de la République. Je n’imagine personnellement pas une Pologne tombant sous le joug russe sans que cela concerne nos intérêts vitaux. L’objectif est de bien faire comprendre à un agresseur potentiel qu’il ne pourrait attaquer un pays européen en pariant sur une absence de réponse de Paris.

Le désengagement américain progressif d’Europe peut-il jouer sur la solidité de sa dissuasion nucléaire sur le Vieux Continent ?

Aux yeux de l’administration Trump, la défense conventionnelle de l’Europe face à la Russie est l’affaire des Européens. Même si des signaux contradictoires sont parfois envoyés, c’est la direction vers laquelle on se dirige. Cela est cohérent avec les discours tenus à Washington, selon lesquels l’Europe n’est plus au cœur des priorités américaines. Pour autant, les États-Unis entendent conserver leurs bombes B61 sur le continent. À ce stade, il n’est donc pas question d’un désengagement nucléaire américain.

La dissuasion française est-elle aussi crédible ?
Nous avons la chance, en France, de disposer d’une dissuasion fonctionnelle et opérationnelle. La permanence à la mer d’un SNLE depuis 1972 en est la preuve, avec une crédibilité politique, opérationnelle et technique intacte. Derrière les SNLE, il y a tout un système de ressources humaines au sein de la Marine pour former, entraîner puis reconvertir les marins, tout en maintenant le lien avec leurs familles lorsqu’ils sont en mer. Il y a aussi tout un système industriel, avec nos champions nationaux et nos entreprises de taille intermédiaire. Dans la région brestoise, on le sait bien, même si c’est parfois moins visible ailleurs en France. On n’a pas de dissuasion nucléaire sans une industrie militaire et civile forte.

L’Arctique est-il devenu un enjeu stratégique pour la Marine française ?
La Marine s’intéresse aux questions arctiques depuis le début de la dissuasion. À l’époque, la portée de nos missiles était limitée à environ 2 000 kilomètres et nos SNLE devaient remonter très au nord pour pouvoir les mettre en œuvre. Depuis les années 1960, la Marine suit donc de près la mer de Norvège et la mer de Barents, où se trouvent notamment la péninsule de Kola, Mourmansk et les bases de la flotte du Nord russe. Il est essentiel de savoir quand les Russes cherchent à déployer leurs sous-marins vers l’Atlantique. Avec nos alliés, nous opérons régulièrement dans ces zones pour surveiller leurs activités. Nous y déployons des avions de surveillance Atlantique 2, des frégates et des sous-marins nucléaires d’attaque.

Vous avez commandé deux SNLE entre 2004 et 2006. Comment la formation des sous-mariniers a-t-elle évolué ces dernières années ?

Nous sommes revenus dans un monde où les menaces existent. L’impérialisme russe considère qu’une partie de l’Europe devrait être sous sa coupe. Plus que jamais, nos armées sont nécessaires à la survie de la nation et pour permettre aux jeunes générations de continuer à vivre dans un pays libre. Ce que Marc Bloch avait écrit dans L’Étrange défaite, c’est justement que quand des signaux sont envoyés, il faut faire front face aux menaces qui se précisent.

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Pierre Coudurier

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Jean-Louis LOZIER

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Conseiller, Centre des études de sécurité de l'Ifri

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Jean-Louis Lozier, Conseiller au Centre des études de sécurité de l'Ifri
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