À l'Allemagne l'économie, à la France le militaire ? C'est terminé : Berlin va dépenser plus du double de Paris pour son armée, "le décrochage est désormais possible"
Le réarmement massif de l'Allemagne, salué face à la menace russe, nourrit néanmoins en France la crainte d'un décrochage militaire et industriel, ainsi que d'une Europe dominée par Berlin au détriment de l'autonomie stratégique et de la coopération franco-allemande.
Le réarmement de l'Allemagne, salué par ses partenaires, suscite aussi la crainte en France d'un décrochage et la sourde inquiétude qu'un "cavalier seul" de Berlin conduise à en faire la puissance militaire dominante du continent aux dépens de l'autonomie stratégique européenne.
En Allemagne, le projet de budget pour 2027 prévoit une augmentation pour la défense de 33% par rapport à 2026, à 110 milliards d'euros.
S'y ajoutent des crédits du fonds spécial créé en 2022 après l'invasion de l'Ukraine, soit un total de 140 milliards d'euros (contre 64 milliards pour la France) et 154 l'année suivante.
Le pays, qui a longtemps sous-investi dans sa défense, entend disposer de "l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe". Il veut plus que doubler ses effectifs, malgré des difficultés de recrutement, pour les porter à 460.000 militaires d'active et de réserve en 2035.
Pendant des décennies, Paris et Berlin se sont satisfaits d'une répartition implicite des rôles: à la France le rôle de chef de file sur le plan diplomatique et militaire, à l'Allemagne la prééminence économique.
Mais l'ambition de puissance aujourd'hui affichée par Berlin et la réorientation de son outil industriel en difficulté vers l'appareil de défense "constitue un défi de taille pour l'image que la France a d'elle-même", juge Jacob Ross du Conseil allemand sur les relations internationales (DGAP).
[...]
"On ne va pas y arriver"
Berlin multiplie les acquisitions d'équipements, n'hésitant pas à opter pour des matériels américains ou lance, sans concertation avec Paris, des projets comme l'ESSI, un "bouclier européen antiaérien" qui fait la part belle aux systèmes allemands, américains et israéliens, mais pas français.
La montée en puissance de l'Allemagne "ne conduit pas à une convergence automatique avec la conception française de la souveraineté européenne", note le chercheur Paul Maurice, dans une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri).
"Le projet d'autonomie stratégique en Europe, d'avoir une Europe plus forte dans un Otan plus fort, n'existera pas sans l'Allemagne et quand l'Allemagne aujourd'hui fait cavalier seul, notre inquiétude c'est de se dire qu'on ne va pas y arriver", se désole un très haut gradé français.
Le projet européen Iris2 de constellation de satellites qui doit fournir aux Etats membres des communications sécurisées pour s'affranchir de l'omnipotence de l'américain Starlink, "c'est typiquement un sujet sur lequel on est très inquiet", confie cette source, alors que Berlin compte parallèlement développer sa propre constellation.
Selon l'Elysée, Berlin doit toutefois réaffirmer son engagement en faveur d'Iris2 lors du conseil des ministres franco-allemand vendredi.
Dans ce cadre, l'échec du programme Scaf, le futur avion de combat franco-allemand érigé en symbole de la coopération entre les deux pays, "constitue un tournant majeur dans les relations franco-allemandes", selon Paul Maurice. Depuis, un consortium d'industriels allemands propose de développer lui-même un futur avion de combat.
[...]
>> Lire l'intégralité de l'article sur le site de BFM Business.
>> Suivre l'actualité des relations franco-allemandes sur le site de l'Ifri.
Média
Journaliste(s):
Format
Partager