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L’Ukraine frappe les ports russes et cible le pétrole, nerf de la guerre pour le Kremlin

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cité par Marie Jégo et Benjamin Quénelle dans

  Le Monde 

 
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Les drones à longue portée ukrainiens ont touché trois infrastructures-clés pour l’exportation de pétrole brut russe. L’objectif de Kiev est de limiter le surcroît de recettes que Moscou tire de la flambée des cours.

 

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Pompe à pétrole sur fond de drapeau de la Russie
Pompe à pétrole sur fond de drapeau de la Russie
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Ces derniers jours, à Kiev, la presse ironise sur « les fleurs de coton », ces « explosions » sur les « objectifs stratégiques » des drones ukrainiens : les ports pétroliers russes. Pour la troisième fois en moins d’une semaine, ils ont visé, dimanche 29 mars, Oust-Louga, le plus grand complexe d’exportation sur la mer Baltique. Alexandre Drozdenko, le gouverneur de la région autour de Saint-Pétersbourg, a reconnu que l’attaque massive a provoqué un incendie sur cette infrastructure cruciale pour le transport de pétrole brut et de produits pétroliers. Sans plus de détails.

L’agence de sécurité ukrainienne (SBU) assure, elle, avoir causé des « dégâts importants » sur Oust-Louga. Exploité par Transneft, le monopole russe des oléoducs, le site exporte environ 700 000 barils par jour et, en 2025, aurait expédié près de 33 millions de tonnes de produits pétroliers. Faute d’informations, il est difficile d’évaluer l’ampleur des dommages après les trois attaques successives qui ont visé Oust-Louga, les 25, 27 et 29 mars. A chaque fois, il y a eu d’importants incendies sur ce port d’où sont aussi exportés du charbon, du minerai de fer, des engrais et des produits chimiques. Autres cibles des drones ukrainiens à longue portée : le port de Primorsk, également sur la Baltique, et celui de Novorossiïsk, sur la mer Noire.
Avant l’attaque de ce week-end, l’agence de presse Reuters estimait, en se basant sur les données du marché, qu’au moins 40 % de la capacité d’exportation de pétrole de la Russie ont été ainsi paralysés. [...]

Maximiser les dommages

Pour maximiser les dommages sur la machine de guerre russe, la tactique ukrainienne est claire : réduire les capacités d’exportations pétrolières de Moscou, l’empêcher de pleinement profiter de la flambée des cours depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, le 28 février. Et donc porter un coup à la manne de revenus supplémentaires espérés par le Kremlin pour financer sa guerre contre l’Ukraine.

En Russie, où l’industrie pétrolière et gazière contribue pour un cinquième du produit intérieur brut et représente de 30 % à 50 % des recettes du budget fédéral, le calcul était simple : chaque hausse de 10 dollars du prix de l’or noir devait rapporter 1,6 milliard de dollars (environ 1,3 milliard d’euros) supplémentaires par mois en recettes fiscales. Si les cours pétroliers restent aussi élevés, le budget fédéral peut espérer engranger 5 000 milliards de roubles supplémentaires sur l’année (quelque 54 milliards d’euros).

En Ukraine, le calcul inverse a été tout aussi simple. « Avant le conflit en Iran, la Russie réussissait, malgré les sanctions, à exporter un peu moins de 5 millions de barils par jour, vendus autour de 70 dollars le baril. Les attaques ukrainiennes de la semaine dernière auraient réduit de 2 millions de barils la capacité d’exportation. Il reste donc 3 millions de barils vendus désormais à plus de 100 dollars le baril. Finalement : la Russie, qui voulait gagner plus, gagne autant qu’avant, explique Thierry Bros, expert du pétrole, professeur à Sciences Po Paris. L’Ukraine réussit son pari : neutraliser l’effet de la hausse des cours. »

Alors que Moscou comptait bénéficier non seulement de la flambée des prix mais aussi de la levée temporaire des sanctions américaines, la stratégie de Kiev pourrait monter en puissance. « Les Ukrainiens disposent d’une panoplie d’engins pour frapper en profondeur, et s’en servent. Ce n’est pas une réponse aux circonstances liées à la guerre au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz. C’est le résultat d’un processus qui arrive à maturité », insiste Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales.

Désorganiser le marché des carburants

L’Ukraine assure avoir touché Oust-Louga grâce à des drones ayant parcouru « plus de 900 kilomètres ». Au même moment, elle a revendiqué une frappe sur un brise-glace de combat sur le chantier naval russe de Vyborg, près de Saint-Pétersbourg, et une autre sur une raffinerie de pétrole dans la ville d’Oufa, au pied de l’Oural. Dans les deux cas, très loin des zones de conflit.

Lundi 30 mars, Volodymyr Zelensky a proposé une trêve sur ce front énergétique. « Si la Russie est prête à ne pas frapper le secteur énergétique ukrainien, nous ne frapperons pas leur secteur énergétique en retour », a déclaré le président ukrainien. Une proposition laissée pour le moment sans réponse de la part de Moscou. Jusque-là, la Russie visait les centrales en Ukraine pour la plonger dans le noir et le froid ; l’Ukraine ciblait les dépôts pétroliers et les raffineries en Russie pour désorganiser son marché des carburants. Dans les faits, cette guerre énergétique s’intensifie désormais et s’élargit plus encore. « Moscou n’a de cesse d’attaquer les infrastructures ukrainiennes et Kiev réplique », résume M. Eyl-Mazzega. « Comme dans tout conflit, la guerre prend une dimension économique et s’étend aux sites énergétiques », ajoute M. Bros.
Kiev poursuit ses attaques sur les raffineries russes. [...]

Le budget militaire entamé

La régularité et l’intensité des attaques ukrainiennes ont de quoi inquiéter Moscou. L’arrêt des ports depuis la semaine du 23 mars constitue la perturbation la plus grave dans l’histoire moderne de la Russie post-soviétique, deuxième exportateur mondial de brut. « Ces attaques sont un choc et créent de sérieux problèmes. Mais il faut relativiser l’impact sur les capacités d’exportation, nuance Konstantin Simonov, expert énergétique à la tête d’un cabinet de conseil à Moscou. [...]

Après avoir suspendu ses chargements pétroliers, les terminaux d’Oust-Louga et de Primorsk auraient partiellement repris leurs activités. En quatre ans, l’industrie pétrolière russe a déjà su s’adapter, notamment en achetant des pièces sous sanction par l’intermédiaire de pays complaisants. Mais la réparation des ports endommagés a un coût, accroît l’incertitude et déstabilise la logistique dans ce secteur essentiel pour les recettes de l’Etat. Ce sont autant de ressources en moins pour le budget militaire. [...]

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Marc-Antoine EYL-MAZZEGA

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Directeur du Centre énergie et climat de l'Ifri

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