Moyen-Orient : pourquoi ce nouveau conflit n’a pas grand-chose à voir avec la guerre des Douze jours de juin dernier
Le conflit qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran est dorénavant plus long que la précédente opération armée confrontant les trois protagonistes en juin 2025, dénommée « guerre des Douze jours » par Donald Trump.
Douze jours se sont écoulés depuis les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran le 28 février dernier. Le conflit qui oppose l’État hébreu et Washington à la République des mollahs, décapitée de son Guide suprême dès le début de la guerre, est dorénavant plus long que la précédente opération armée confrontant les trois protagonistes en juin 2025, dénommée «guerre des Douze jours» par Donald Trump.
Ces deux conflits poursuivent en apparence le même objectif aux yeux de Washington : il s’agit, d’abord, de mettre un coup d’arrêt au développement du programme nucléaire de l’Iran. Mais la comparaison s’arrête ici. En termes d’intensité, d’objectifs militaires ou d’implication des pays voisins régionaux, la guerre qui fait vaciller le Moyen-Orient depuis près de deux semaines revêt une tout autre envergure.
En juin, une opération circonscrite dans le temps et dans les objectifs
La différence se joue d’abord sur l’objectif annoncé.
En juin dernier, « pour les États-Unis, il s’agissait surtout de frappes symboliques contre le nucléaire iranien. L’idée était d’utiliser l’objectif militaire pour obtenir par la pression ce qui n’avait pu être obtenu par la négociation », éclaire Clément Therme, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) au sein du programme Turquie/Moyen-Orient.
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Cet été, l’intervention américaine était circonscrite dans le temps et dans ses objectifs. Son allié hébreu a en revanche depuis longtemps pour objectif « le changement de régime en Iran », compare Clément Therme. L’auteur de l’ouvrage Téhéran-Washington 1979-2025 : Le Grand Satan à l’épreuve de la Révolution islamique (Hémisphères, 2025) insiste sur « la grande continuité dans les objectifs politiques israéliens depuis les années 1990 ».
Et depuis le massacre terroriste du 7 octobre 2023, poursuit-il, la doctrine militaire israélienne intègre davantage l’idée de « guerre préventive comme outil de projection de puissance régionale ».
Plus de frappes, plus de cibles
Concrètement, l’intensité de la guerre qui sévit au Moyen-Orient depuis douze jours est «beaucoup plus massive avec quatre à cinq fois plus d’objectifs frappés» qu’en juin, analyse Pierre Razoux. D’abord par la teneur des cibles visées, puisque le Guide suprême lui-même a été abattu par les frappes.
Les infrastructures énergétiques sont également plus massivement visées que lors des précédentes confrontations, pointe Clément Therme. Les Israéliens frappent « sans retenue et s’en prennent directement au régime », tout comme leurs alliés américains.
Généralisation du conflit par l’Iran
Par ailleurs, insiste Pierre Razoux, «il ne faut pas uniquement ramener ce conflit à la question d’une confrontation entre les États-Unis, Israël et l’Iran». Du point de vue de la Maison-Blanche, «ce conflit s’inscrit dans le cadre d’une rivalité globale, mondiale, entre les États-Unis, la Chine et la Russie.»
En clair, Washington utilise aussi cette guerre au Moyen-Orient comme un moyen de «faire pression sur la Chine via le pétrole, ce qui n’était pas le cas en juin dernier, où les Américains avaient donné un coup de main aux Israéliens pour éviter qu’un affrontement prolongé n’engendre un embrasement régional», avance le spécialiste.
Côté adverse, « nous assistons à une généralisation du conflit par la République islamique,à la fois à l’échelle régionale et avec l’objectif d’affecter l’économie mondiale », pointe Clément Therme.
L’Iran a multiplié les frappes contre les pays voisins : Turquie, Azerbaïdjan, Qatar, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Oman. L’intensité reste néanmoins pour l’heure limitée par l’absence d’envoi de forces au sol sur place.
« La question centrale reste la suivante : peut-on atteindre un objectif de changement de régime sans déploiement de forces terrestres ? » s’interroge Clément Therme.
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