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Pourquoi le courant ne passe plus entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz ?

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cité par Vincent Slits dans

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Entre Paris et Berlin, les sujets de discorde ont été très nombreux ces derniers mois. L'axe franco-allemand est grippé. Condamnant l'Europe à l'immobilisme ?

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Le paradoxe est criant. Alors que l’Europe est confrontée est des défis majeurs – n’en citons que trois : la réindustrialisation, la nécessité d’acquérir une autonomie stratégique dans des domaines clés ou la construction d’une défense commune et crédible –, son moteur historique est pourtant en panne. Et, si le divorce n’est pas consommé, le couple franco-allemand a de plus en plus tendance à faire chambre à part sur de très nombreux dossiers chauds qui sont autant de tests pour la cohésion de l’Europe et sa capacité à se forger un destin commun.

Entre le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, le courant passe mal. Les sujets de discorde (innombrables) n’ont pas manqué ces derniers mois. Que ce soit le traité Mercosur, la question du gel des avoirs russes, l’opportunité de relancer un emprunt européen ou encore l’enjeu de la préférence européenne dans le domaine économique, Paris et Belin ne sont pas sur la même longueur d’onde.

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Dernier épisode en date, les divergences profondes des deux capitales sur l’emblématique chantier du Scaf, le futur avion de combat européen. Dans un entretien la semaine dernière dans un média allemand, le chancelier allemand a pratiquement torpillé ce projet stratégique, symbole de la volonté de l’Europe de s’émanciper des États-Unis en matière de défense (lire par ailleurs). 

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“On a peut-être trop espéré en France de Friedrich Merz qui avait “vendu” son attachement à la France, sa francophilie qui est réelle et qui fait partie intégrante de sa culture politique et générationnelle et son attachement à la relation franco-allemande. Le soir de son élection, Merz avait d’ailleurs donné des gages sur la souveraineté européenne, en disant que l’Europe devait s’autonomiser des États-Unis.

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Paul MAURICE
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En France, on se disait alors que Merz serait un deuxième Macron et un chancelier allemand peut-être un peu… français” , nous explique Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Institut français des relations internationales (Ifri) à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Et d’enchaîner : “Mais la CDU (NdlR : parti chrétien-démocrate), qui a aussi été le parti de Kohl et d’Adenauer, est également un parti atlantiste. On n’a peut-être pas vu le deuxième aspect de sa personnalité ou on n’a pas voulu le voir en France.”

Maladresses

Des signes de rapprochement entre Paris et Berlin étaient pourtant perceptibles lors de l’arrivée de Merz au pouvoir avec notamment la définition d’un “agenda commun” lors d’un conseil des ministres franco-allemands permettant de renforcer des coopérations entre les deux pays dans des domaines aussi variés que l’énergie, l’industrie, les technologies ou la souveraineté numérique.

  • Mais, pour Paul Maurice, on s’est donc peut-être “emballés” sur l’intensité réelle de la convergence entre Paris et Berlin, “la France et l’Allemagne ayant des visions différentes dans un certain nombre de domaines.”

Et de citer le dossier très sensible du gel des avoirs russes. “Il y a eu quelques maladresses de Friedrich Merz qui a brusqué les institutions européennes en voulant aller vite, probablement pour des raisons de politique intérieure. Il ne pouvait pas vendre à son opinion publique un nouvel endettement à l’échelle européenne parce qu’il avait déjà accepté une réforme du frein à l’endettement en Allemagne alors que son électorat plutôt conservateur et libéral est favorable à l’orthodoxie budgétaire” , poursuit notre interlocuteur. Et de pointer les enjeux de politique intérieure outre-Rhin avec la proximité des élections régionales, où l’extrême droite est en embuscade.

L’Europe condamnée à l’immobilisme ?

S’il y a bien un dossier sur lequel la France et l’Allemagne ont ferraillé ces derniers mois, c’est celui de l’acceptation du Mercosur, ce grand accord de libre-échange entre l’Union européenne et plusieurs pays d’Amérique latine. 

  • Sur ce dossier, il y a eu dialogue de sourds entre les deux pays. Car il était très clair depuis le début que la France n’accepterait pas le Mercosur” , indique Paul Maurice. Là, aussi, ce sont des enjeux de politique intérieure qui ont interféré sur la relation franco-allemande. “Si Macron avait voté pour ou même s’il s’était abstenu, les agriculteurs et les socialistes, qui à l’assemblée nationale détenaient les clés pour une motion de censure, s’y seraient opposés, ce qui aurait fait tomber le gouvernement et provoqué une crise politique”, ajoute notre interlocuteur.

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Pour Paul Maurice, ces crispations franco-allemandes récurrentes ont d’autant plus d’impact qu’elles interviennent “dans un moment très tendu des relations internationales.” “Il y a le délitement de la relation transatlantique avec des États-Unis qui sont devenus un allié peu fiable, notre dépendance technologique, une Chine qui se tient en embuscade, la fébrilité du commerce international, la question de la puissance militaire européenne et de son financement…

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Paul MAURICE
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  • Et, dans ce contexte, on a d’un côté, une puissance économique et industrielle – l’Allemagne – qui est en train de faiblir et de l’autre – la France –, une puissance militaire et diplomatique qui est aussi sur le déclin. Et cela amène la France et l’Allemagne à se regarder en chiens de faïence en se disant : ‘Est-ce que l’autre va être plus fort que moi ?’ Cette situation rompt les équilibres traditionnels. Il y a aussi en Allemagne la crainte de voir la France basculer à l’extrême droite lors de la prochaine présidentielle. Et qui amène la question pour l’Allemagne de la volonté de s’engager avec un partenaire qui risquerait d’élire un président ou une présidente germanophobe”, précise-t-il encore.

Avec un moteur franco-allemand défaillant et des échéances électorales importantes dans les deux pays, l’Europe est-elle condamnée dans les prochains mois à l’immobilisme ? 

  • Politiquement et symboliquement, quand la France et l’Allemagne ne sont pas alignées, c’est très compliqué de faire avancer les choses et cela décrédibilise les initiatives qui peuvent être prises au niveau européen”, souligne encore Paul Maurice
  • Et de conclure : “Dans l’année qui vient, on ne doit pas attendre des résultats spectaculaires. Mais il faut surtout poser les jalons du futur de la relation franco-allemande et faire avancer les choses sur lesquelles les deux pays s’entendent. Il y a, par exemple, la question de la préférence européenne ou le projet de l’Union de l’épargne et de l’investissement. Il y a aussi la question de la désinformation sur les réseaux sociaux. Cela peut paraître anecdotique mais c’est aussi une manière de rappeler les valeurs communes des deux pays, celles qui font l’Europe, à savoir la défense de la démocratie.”

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Vincent Slits

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