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Pourquoi le traumatisme du SCAF va peser longtemps sur la relation franco-allemande

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Cité par Emmanuel Grasland pour

  Les Echos 

 
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L'avion de combat restera un symbole durable des difficultés de la France et de l'Allemagne à travailler ensemble. Son abandon va renforcer les préjugés entre les deux pays et imposer d'enchaîner très vite une nouvelle séquence.

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Des missiles et des hommes
Maquette du futur système aérien de combat NGF (FCAS) de Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas exposé au salon aéronautique de Paris. France - 18 juin 2025
VanderWolf Images/Shutterstock
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Aller de l'avant et laisser de côté la vaisselle cassée. Ce sera l'objectif des rencontres gouvernementales franco-allemandes qui se tiendront outre-Rhin le 17 juillet. Et pourtant, le Système de combat aérien du futur (SCAF) sera comme l'éléphant dans la pièce. Annoncé par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le projet disparaît quand le président français s'en va. Et son abandon intervient alors que Friedrich Merz avait fait de la relance des relations franco-allemandes l'une de ses priorités, lors de son arrivée à la chancellerie. 

Pour le grand public, il y a fort à parier que l'avion de combat restera un symbole durable des difficultés de la France et de l'Allemagne à travailler ensemble. Avec un coût de plus de 100 milliards d'euros, le SCAF était le plus grand programme européen d'armement en cours. Lors de son annonce en 2017, il avait été vendu comme un énorme pas en avant de l'Europe. Son abandon va laisser dans les mémoires l'idée qu'avec ceux d'en face « on n'y arrive pas ». Dans quarante ans, les futurs avions des deux pays seront encore là pour nous le rappeler. 

[...]

Sur le fond, cet échec est néanmoins symptomatique d'une certaine transformation de la relation. « A l'époque d'Helmut Kohl ou aux débuts d'Angela Merkel, il y avait des conseillers à la chancellerie qui connaissaient bien la France et qui essayaient, sur tous les dossiers, de faire comprendre les raisons de la position française. On se mettait dans la tête de l'autre. Et après cette mise en perspective, on négociait. Aujourd'hui, on est plus dans une logique de rapport de force. Et si les intérêts ne convergent pas, eh bien tant pis », soupire un expert allemand de la relation.

Une évolution similaire s'est produite en France sous Macron II, renforcée par un état d'urgence budgétaire et une instabilité politique. 

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Aujourd'hui, on est tellement dans des difficultés internes dans chaque pays qu'on a du mal à se dire qu'on va prendre le temps de se rencontrer et de discuter

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Paul MAURICE
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Paris et Berlin vivent un curieux paradoxe. Alors que la situation géopolitique leur impose un resserrement des liens, les deux pays ont plus de mal qu'auparavant à se décrypter. Le traumatisme du SCAF laissera des séquelles. L'abandon du projet va créer une nouvelle génération de « grands brûlés » du franco-allemand et renforcer les préjugés au sein des « Etats profonds » des deux pays.

[...]

A court terme, l'abandon du SCAF aura néanmoins un avantage. Paris et Berlin auront tous deux intérêt à vite enchaîner une nouvelle séquence, en annonçant de nouveaux projets communs. La souveraineté numérique sera un champ des possibles. Il faudra sans doute être plus pragmatique et moins théâtral. S'ajuster aux réalités industrielles et avancer alors que les deux pays connaissent un déclassement économique qui les rend plus fébriles.

« La relation franco-allemande, c'est une approche qui consiste à dire que le but commun est plus important que le rapport de force de l'instant. Chacun arrive avec ses forces, ses faiblesses et on ne gomme pas les différences. Mais on pense à long terme. On ne se demande pas qui est le plus fort des deux, on fait quelque chose ensemble parce qu'on se projette comme des égaux dans le futur », explique Sylvie Goulard, présidente de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg. L'exercice impose un dépassement de soi. Mais ce n'est pas forcément la vision des industriels.
 

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Emmanuel Grasland

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Maquette du futur système aérien de combat NGF (FCAS) de Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas exposé au salon aéronautique de Paris. France - 18 juin 2025
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