La dissuasion intégrée américaine : pertinence et limites du concept
L’automne 2022 a vu la publication longuement attendue des documents définissant la stratégie de sécurité nationale et de défense de l’administration Biden, et leur déclinaison dans les domaines nucléaire et de la défense anti-missile.
Visant à faire renoncer les compétiteurs stratégiques (Chine et Russie) et les puissances régionales révisionnistes (Corée du Nord et Iran), à conduire des agressions dans l’ensemble des milieux (terre, mer, air, cyber, espace) et des champs de conflictualité (économique, technologique, informationnel), ces documents introduisent au coeur de la stratégie américaine le concept de « dissuasion intégrée » (integrated deterrence). Afin de mieux en comprendre les enjeux et la portée, il convient de revenir sur sa définition, avant de l’analyser en abordant notamment les différences avec le concept français de dissuasion et les critiques qui lui sont formulées en termes de maîtrise des risques et de l’escalade. Enfin la question de sa mise en oeuvre demeure essentielle.
La dissuasion intégrée est présentée comme « la combinaison, sans discontinuité, des capacités permettant de convaincre les adversaires potentiels des États-Unis que le coût de leurs activités hostiles l’emporte sur les bénéfices », et ce dans tous les domaines et théâtres.
Si les critiques alertant d’un possible risque d’escalade par transfert au domaine nucléaire semblent infondées grâce à la conservation d’une place distincte de l’arme nucléaire, le concept n’est pas exempt de critiques, notamment sur son opérationnalisation et la coordination avec les alliés.
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