L’héritage historique d’AUKUS : les relations Australie–États-Unis–Royaume-Uni de 1900 à nos jours
Etudes de l'Ifri, octobre 2022
La signature, en septembre 2021, du pacte AUKUS entre l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni, a semblé reconstituer une coalition naturelle entre États « anglo-saxons ». Cette solidarité suscite des jugements contradictoires.
Pour certains, elle se place dans la lignée de l’œuvre de l’Anglo-World pour promouvoir et défendre des valeurs, et faire face aux puissances qui menacent l’ordre libéral. Pour d’autres, elle s’inscrit dans une longue histoire d’impérialismes. Pourtant, l’histoire des relations entre ces trois pays, notamment dans l’espace indopacifique, montre que les tensions et les frustrations ont été fréquentes.
Cette étude fait le point sur cette histoire souvent méconnue en France, alors qu’elle constitue un stock de références communes entre les trois pays d’AUKUS. L’angle d’analyse est celui de la politique internationale de l’Australie, au prisme de ses relations avec ses deux grands alliés et protecteurs, l’Empire britannique et les États-Unis. L’Australie a compté sur eux face aux menaces successives venues d’Asie : le Japon jusqu’en 1945, puis la Chine communiste (et le communisme en général) durant la guerre froide, et depuis la fin des années 2010.
Cette histoire ne se résume pas à un passage de relais entre les Britanniques et les Américains en Indo-Pacifique, les Australiens menant certes de vraies guerres dans la région (durant la Seconde Guerre mondiale et durant les années 1960), mais surtout en Europe et au Moyen-Orient sous la direction de leurs alliés. L’Australie s’est sentie abandonnée face au Japon en 1942 et a œuvré pour engager les États-Unis dans une « défense de l’avant » du pays en Asie du Sud-Est. Dans les années 1970, avec le retrait britannique à l’est de Suez et la fin de la guerre du Vietnam, elle s’est tournée vers l’Asie, qui devint une opportunité davantage qu’une menace, grâce à la pax asiatica post-1979 et au dynamisme de la région. Désormais, le « pivot » des États-Unis vers l’Indo-Pacifique et l’intérêt nouveau de Londres pour l’Asie font rejouer des interrogations historiques en Australie, confrontée désormais au défi d’une Chine bien plus puissante que jadis.
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